Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 2 mars 2020 – Matthieu 25,31-46
On raconte qu’une mystique musulmane qui vivait en Irak au 8e siècle parcourait les rues de sa ville avec un seau d’eau dans la main et une torche dans l’autre. Quand on lui demandait ce qu’elle faisait, elle répondait : « Je vais éteindre les feux de l’enfer et brûler les bienfaits du paradis. Je ne veux pas adorer par crainte ni pour une quelconque promesse, mais simplement pour l’amour de Dieu, afin que la seule chose qui me reste soit d’aimer Dieu pour lui-même. »
Sept siècles plus tard, Sainte Thérèse d’Avila, une docteure de l’Église, écrira presque la même chose : « Je voudrais détruire l’enfer et le paradis afin que Dieu soit aimé pour lui-même ». Des affirmations étonnantes!
Il me semble que ça rejoint bien ce que Jésus cherche à nous dire dans l’évangile d’aujourd’hui. Il est possible que nous ayons une belle préoccupation pour les pauvres, mais, à un moment donné, on se rend compte qu’on a gardé les yeux fermés sur une détresse. Inversement, on remarque une personne qui a le cœur dur qui ne peut s’empêcher de donner un verre d’eau fraîche à quelqu’un qui a soif. On dirait que Jésus dans l’évangile nous invite à être vrai avec nous-mêmes, à nous rendre compte que nous sommes à la fois au nombre des innocents et au nombre des coupables. On ne peut ni se glorifier de notre générosité ni nous condamner. Comme la mystique musulmane et Thérèse d’Avila, Jésus nous invite à aimer pas par peur et non par promesse, à aimer et c’est tout.
Au début de l’évangile, Jésus nous parlait du Fils de l’homme qui viendra dans sa gloire et tous les anges avec lui. C’était solennel. Ce le sera moins dans l’évangile qui suit, Jésus entrera à Jérusalem, monter sur un âne. Et nous serons de nouveau placer devant l’innocence et la culpabilité : l’innocent, le juste sera condamné comme le plus vulgaire des brigands. Jésus nous a montré ainsi tout son amour, qu’il était le summum de l’amour.
Cet évangile nous invite à faire la vérité; il ne doit jamais nous faire peur. Il nous incite surtout à mieux vivre le présent. Dans sa miséricorde et sa patience, Dieu nous offre ce temps pour que nous apprenions chaque jour à le reconnaitre dans les autres, surtout les plus pauvres et les plus petits, que nous nous attachions à faire le bien, que nous soyons vigilants dans la prière et dans l’amour. Que le Seigneur, à la fin de notre existence et de l’histoire, puisse nous reconnaître comme des serviteurs bons et fidèles.
