Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 20 Octobre 2019 – -29e dimanche ordinaire «C» ( Luc 18,1-8 )
Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine I
« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? »
Question étrange de la part de Jésus à la fin de l’évangile !
Jésus veut-il exprimer son découragement devant l’insuccès de ses paroles ?
Est-il en train de réaliser que tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a souffert serait inutile pour beaucoup ?
Voyait-il ces foules qui, dans l’avenir, seraient fascinées par l’argent, le pouvoir, le confort, le plaisir, et qui n’auraient rien à faire de son message d’amour ?
On peut se poser ces questions !
Ou encore, en posant cette question, Jésus pense-t-il à ses disciples ?
À plusieurs reprises, il leur a annoncé sa Passion, sa mort et sa résurrection.
Ils ne savent pas très bien ce qui va se passer à Jérusalem, mais ils pressentent un dénouement tragique et mystérieux. L’avenir ne semble pas des plus heureux pour eux. Un jour, ils avaient exprimé leur détresse au Seigneur en lui disant : « Seigneur, augmente en nous la foi ! »
Après 2000 ans, comment cette question de Jésus résonne-t-elle en nous ?
On sait bien que la vie n’est pas facile, qu’un jour ou l’autre nous devrons faire face à la maladie, à une perte importante d’argent, à l’abandon d’un ami, à la perte d’un être cher. Avec tous les événements que nous sommes en train de vivre présentement, notre monde vit dans une grande inquiétude.
Mais une chose est certaine ! Jésus est venu sur la terre pour réaliser la mission que le Père lui a confiée : apporter le salut aux hommes.
Et sa mission, il la réalisera jusqu’au bout jusqu’à nous demander de ne pas nous décourager et à le prier obstinément.
Quand tout semble perdu, quand la foi semble disparue, quand la société semble aller à sa perte, il nous dit : « Priez sans vous décourager. »
La liturgie d’aujourd’hui nous donne deux beaux exemples d’une prière obstinée.
Il y avait une fois, nous dit Jésus, une veuve qui cassait les oreilles d’un juge, qui faisait du « sitting » devant son bureau tant qu’elle n’aurait pas obtenu justice. Elle avait toutes les raisons de se décourager : sa cause semblait perdue d’avance, puisqu’elle avait eu la malchance de tomber sur un juge qui se moquait éperdument de la justice. Mais elle s’obstine parce qu’elle sait que sa cause est juste ! Elle n’en doute pas un instant !
Ça nous touche! Nous aussi, notre cause est juste ! Elle est la cause même de Dieu.
Pensez-vous, nous dit Jésus, que votre Père du ciel ne ferait pas mieux que ce juge sans scrupule pour tous ceux et celles qui le prieraient au point de lui casser les oreilles.
Alors, n’hésitez pas, priez au point d’embêter le Très-Haut. Appuyez sans arrêt sur sa sonnette pour le réveiller ! Ne le laissez pas dormir tranquille. Insistez !
On avait un autre bel exemple dans la 1e lecture tantôt !
Le peuple dirigé par Moïse, en route vers la terre promise, est attaqué par des ennemis, et Josué mène un combat difficile.
Pendant ce temps, Moïse prie obstinément au sommet d’une colline, la bâton de Dieu à la main. Quand il l’élève, il gagne, quand il le baisse, il perd. On trouve une solution « les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. »
Ca fait penser à la croix de Jésus.
D’où lui venait sa force ?
De sa foi !
Il savait que Dieu voulait le salut de son peuple et il était certain d’obtenir son secours ;
quand nous vivons des moments difficiles dans la réalisation de notre mission, il faut laisser remonter dans nos cœurs la certitude de Moïse : « Dieu veut nous sauver ! »
C’est particulièrement important au moment où nous prenons de plus en plus conscience que nous avons une mission à remplir, que, comme Jésus, nous réalisons que nous sommes aujourd’hui les envoyés du Père au monde.
Quand nous voyons les besoins urgents de la Mission, la diminution de la foi et de la pratique, le manque cruel de vocations sacerdotales ou religieuses, le risque est bien grand de nous décourager.
Mais nous avons toujours une porte de sortie : fatiguer Dieu par nos prières.
C’est le sens premier de ce dimanche qui est une journée missionnaire mondiale.
Il y a un proverbe africain qui dit : « Soulève ta charge jusqu’aux genoux, on t’aidera à la placer sur ta tête. »
Alors, soulevons notre charge jusqu’aux genoux, en portant ce projet de mission dans notre prière, en pesant souvent sur la sonnette du Bon Dieu, pour qu’il nous aide à la placer sur notre tête et surtout dans notre cœur afin que nous puissions porter sa Parole chez nous.
