Mgr J-C. Dufour-23 juin 2019-Dimanche du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ-C

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 23 juin 2019 – Dimanche du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ «C

 Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine IV

 

Le Corps et du Sang du Christ.

Du pain et du vin apporté au prêtre Melkisédek pour célébrer un sacrifice d’alliance en présence d’Abraham !
Toute une annonce déjà ! Du pain et du vin bénis par Jésus en prononçant des paroles d’Action de grâce pour une alliance nouvelle et éternelle.

 

Du pain et du vin !
Rien de plus simple et pourtant des symboles très puissants !
Du pain qui représente la nourriture solide sans laquelle personne ne peut tenir le coup longtemps !
Du vin qui représente un liquide sans lequel on vit encore moins longtemps.
Les deux symbolisent tout ce dont nous avons besoin pour vivre.
Et quand ils deviennent le Corps et le Sang du Christ, c’est la vie même du Ressuscité qui nous est offerte.

 

Le Corps et le Sang du Christ dans l’Eucharistie.
Quand nous Le recevons il y a quelque chose de bien spécial qui se passe : la vie du Christ ressuscité nous est transmise et passe en nous, et notre vie passe dans celle de Jésus.
Un théologien grec a su l’exprimer de belle manière au 13e siècle. Il écrivait :
« Si Jésus se communique à nous…, ce n’est pas un petit rayon de lumière que nous recevons en nos âmes, mais le soleil lui-même, au point de l’habiter et d’en être habités, d’en être enveloppés et de l’embrasser, d’y être mélangés et de ne former avec lui qu’un esprit… Notre âme est mêlée à son âme, notre corps à son corps, notre sang à son sang.  (Nicolas Cabasilas, vers 1360)
Alors, on comprend qu’on s’empresse, après les paroles de la consécration, de proclamer et de chanter « Il est grand le mystère de la foi. »

 

Dans la deuxième lecture, par deux fois, nous avons entendu saint Paul nous rappeler que Jésus a dit à ses disciples « Faites cela en mémoire de moi.»
Faire mémoire de Jésus, c’est bien sûr nous souvenir de lui, de ce qu’il a été, de ce qu’il a enseigné, de ce qu’il a fait pendant sa vie sur terre.
Mais, faire mémoire de Jésus, c’est surtout nous rappeler du sens qu’il a voulu donner à ses gestes en instituant l’eucharistie.

 

Il a rompu le pain pour le donner à ses disciples ; il a versé le vin pour qu’ils en boivent.
Ces gestes nous renvoient clairement à ce qu’il a accompli sur la croix. Il a rompu le pain et son corps a été brisé sur la croix ; il a versé le vin et son sang a été répandu.
Aussi, saint Paul rappellera aux Corinthiens que : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Cor. 11,26)
Proclamer la mort du Seigneur, c’est proclamer son amour qui est allé jusque là.

 

Trois des évangiles nous font le récit de l’institution de l’eucharistie lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples.
Pourtant, curieusement, aucun de ces récits n’a été retenu pour la fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ. La liturgie leur a préféré le récit de la multiplication des pains. Pourquoi ?

 

C’est qu’à partir de la multiplication des pains, les disciples ont commencé à comprendre que le pain qu’ils auront à donner, ce n’est pas leur pain à eux, mais le pain qu’ils reçoivent de Jésus. Ils découvriront plus tard que Jésus est lui-même le pain, le vrai pain descendu du ciel, la vraie nourriture qui fait vivre. Désormais, le pain des disciples sera le Seigneur : sa vie racontée, ses paroles, ses paraboles, ses gestes, sa mort sur une croix et sa résurrection le matin de Pâques.

 

Ce jour-là, Jésus avait dit à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Il nous dit la même chose. Vous vous sentez impuissants, pauvres, inconscients, les mains vides, « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Je remplirai vos paniers en abondance, c’est moi qui vous donnerai la nourriture à donner, c’est moi que vous donnerez.
Donnez ce que vous savez de moi !
Donnez ce que vous connaissez de ma personne !
Donnez de la joie, de la douceur et de la patience dans la charité !
Donnez du temps à ceux qui ont besoin d’attention ; un sourire à ceux qui ont besoin d’encou­ragement ; votre paix et votre confiance à ceux qui vivent dans la confusion.
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

 

Toutes nos eucharisties sont une réponse à cette prière de Jésus, ce qui donne à penser qu’il compte toujours sur ceux et celles qui se nourrissent de l’eucharistie pour avoir souci des affamés de pain, d’amour, de compréhension, de lumière, de vérité et de justice.