Mgr J-C. Dufour-18 avril 2019-jeudi saint-Jean 13,1-15

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 18 Avril 2019 – Jeudi saint

 ( Jean 13, 1-15 )

 

Trois lectures! Trois événements importants, trois drames vécus dans des moments de crise!
La première lecture nous rappelait l’esclavage du peuple hébreu en Égypte, une période pénible et longue qui a permis au peuple de mieux comprendre ce que Dieu était pour eux.
Dans la deuxième lecture, saint Paul rappelle l’institution de l’Eucharistie aux Corinthiens qui vivent des divisions profondes dans leur communauté.
De son côté, saint Jean, nous parle du dernier repas de Jésus vécu dans un moment de grande tension puisque Judas a déjà décidé dans son cœur de livrer Jésus.

 

Alors que les autres évangélistes et saint Paul parlent de l’institution de l’Eucharistie, pas un mot chez le disciple que Jésus aimait.
Il préfère nous raconter que Jésus, au cours d’un repas, avant la fête de la Pâque, a voulu laver les pieds de ses disciples. Un geste très parlant pour saint Jean : « Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu’au bout. »
On ne peut pas se tromper ! C’est clair ! Les deux signes, celui de l’Eucharistie et celui du lavement des pieds nous expriment la même chose, le don total que Jésus fait de lui-même pour le salut du monde. Les deux signes font mémoire d’un amour vécu jusqu’au bout.

 

Les deux signes sont suivis de la même consigne.
Dans l’Eucharistie, après avoir parlé de son corps livré pour nous, de son sang versé pour nous, Jésus dit : « Vous ferez cela en mémoire de moi. »
Après avoir lavé les pieds de ses disciples, il leur dit : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Dans les deux signes, Jésus nous demande de faire comme lui.

 

On ne peut pas vraiment séparer les deux signes.
Si l’Église veut être une communauté de disciples du Christ, elle se doit de rompre le pain, d’offrir le vin, de laver les pieds des femmes et des hommes, c’est-à-dire être au service de la justice et de l’amour.
La table de l’Eucharistie est appelée à se prolonger dans la table du service de nos sœurs et de nos frères.

 

Je suis allé faire une petite visite dans vos Constitutions.
On y parle du service divin, du service d’adoration, bien sûr, mais aussi du service des autres. On peut y lire par exemple : « Elle est heureuse de mettre au service et d’esprit, tous les dons de la nature et de la grâce ». « Dans un esprit de service, elle s’efforce également de faire fructifier les talents divers dont Dieu l’a gratifiée. »

 

Quand nous nous rassemblons pour célébrer l’Eucharistie, rappelons-nous que nous le faisons au nom de celui qui a refusé les tentations du pouvoir, de la domination, de la force, au nom de celui qui a accepté de faire la volonté de son Père, c’est-à-dire d’aimer, de servir, de donner sa vie. Si l’Église est appelée à « dresser la table » pour l’eucharistie, elle se doit encore de « nouer le tablier » pour servir par amour.

 

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » jusqu’à l’extrême de l’amour, jusqu’à la mort.
Les deux signes, celui de l’Eucharistie et celui du lavement des pieds, nous remettent devant ce que Jésus a vécu, ce qu’il a fait, ce qu’il a dit.
Les deux signes nous font découvrir le vrai visage de notre Dieu, d’un Dieu qui est amour et serviteur.

 

Quand on fait mémoire de tout ce que Jésus a fait, on comprend que la meilleure manière de parler de lui, c’est de marcher à sa suite, c’est d’agir de la même manière que lui.
La loi d’amour prônée par le Christ sera toujours une loi de service. Si on veut être vrai, crédible comme lui, il nous faut faire comme lui, refuser de céder aux séductions du prestige et du pouvoir et revêtir une tenue de service, c’est-à-dire « Nouer le tablier » comme lui.

 

« Le Jeudi-Saint, c’est le jour où l’on pardonne aux autres de ne pas être comme nous ; c’est le jour où on accepte que les autres cherchent Dieu par des chemins différents ; c’est le jour où on espère pour les autres ce dont on rêve pour nous.
Le Jeudi-Saint, c’est le jour où on laisse à la porte du Cénacle toute volonté de puissance, tous les restes de rancœur et d’agressivité, parce que, ce soir-là, « la nuit même où il fut livré », Jésus s’est avancé comme un serviteur, avec sa paix et son amitié, vers celui qui allait le trahir, et vers tous ceux qui allaient devenir ses témoins. » (Carmel en France, jeudi saint 2017)