Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 24 Février 2019 – 7e Dimanche Ordinaire « C » ( Luc 6, 27-38 )
Liturgie des Heures : 3e Semaine du temps Ordinaire
Hier, dans l’évangile, Jésus amenait trois de ses apôtres dans cet « ailleurs », qui était le monde de Dieu. Jésus n’a jamais cessé de vouloir nous amener « ailleurs », le monde de Dieu, et c’est encore vrai aujourd’hui.
La sagesse populaire nous dit de ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent.
Jésus reprend la même sagesse populaire, mais dans une forme positive en nous disant : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. »
Il ne se contente pas de nous inviter à éviter le mal ; il nous incite à faire le bien, ce qui est le cœur du comportement chrétien.
Et son invitation à faire le bien nous amène très loin, dans cet ailleurs qu’est le monde de Dieu quand il nous dit : « Aimez vos ennemis ! »
Cet amour auquel nous invite Jésus n’est pas ce sentiment qui fait battre le cœur d’émotions, mais un comportement qui est fait de gestes concrets en faveur des autres. Aimer nos ennemis, c’est leur souhaiter tout le bien que Dieu veut pour eux.
Aimer nos ennemis, c’est prier pour ceux et celles que nous avons du mal à aimer parce que nous savons que Dieu les aime.
La règle n’est plus le comportement des autres comme dans la sagesse populaire, mais le comportement de Dieu lui-même qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants, qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
Aimer un ennemi ;
présenter l’autre joue à celui qui nous frappe,
offrir notre chemise à celui qui vient de nous arracher notre manteau,
prêter sans aucune garantie !
Comment réagissons-nous devant ces paroles de Jésus ?
On pourrait bien penser que Jésus nous invite à ne jamais riposter, à ne jamais réagir devant les coups, à nous laisser faire, à une sorte de passivité. Jésus lui-même n’a pas réagi de cette manière.
Il vient de nous dire : « À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. »
Quand il a été frappé par un des gardes du grand-prêtre, lors de sa Passion, il n’a pas tendu l’autre joue ! Il est même allé jusqu’à lui demander des explications : « Si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »
Mais il n’a pas cessé d’aimer. Lui qui avait dit : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
Il criera du haut de la croix :
« Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font .»
C’était tellement surprenant que « le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Marc 15,39)
« Aimez vos ennemis »
Le danger que nous avons en présence du mal qui nous est fait est de riposter par le mal nous aussi, d’aimer moins ou de ne plus aimer du tout.
Jésus, au contraire, nous invite à aimer et à aimer encore plus.
On peut se dire que c’est fou, que c’est bête !
Pourtant, c’est le contraire, c’est grandiose, c’est aimer à la manière de Dieu.
Notre défi !
Aimer comme Dieu a aimé, entrer dans notre tête et dans notre cœur que Dieu ne rejette personne, qu’il ne rejette pas les méchants ; penser que si je rejette quelqu’un, je n’agis plus à la manière de Dieu, je n’agis plus avec l’amour de Dieu.
Jésus nous invite à demeurer dans l’amour, à garder le respect de l’autre même quand tout nous pousserait à rendre coup pour coup.
Ce n’est pas du bonbon que Jésus nous propose, c’est un combat.
Pour y arriver, il faut lui tendre la main, le prier de nous aider, continuer de boire à la source intérieure qui nous fait vivre pour y trouver la force et la paix.
Normalement, en amour, on aime et on est aimé, il y a une réciprocité.
Mais dans l’amour des ennemis, il n’y a jamais de réciprocité. Si, il y en a une, elle ne vient pas de la personne qu’on a du mal à aimer, mais de Dieu lui-même qui se reconnaît dans cet amour. Il vient de nous le dire dans l’évangile : « Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement, car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »
C’est une mesure bien pleine que le Christ dépose en nous dans l’Eucharistie aujourd’hui, et même une mesure sans mesure, puisqu’il se donne lui-même.
Pour notre méditation, je termine avec ces mots de Jésus à la samaritaine :
« Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit :
“Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn 4,10)
