Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 Février 2019
( Jean 6, 41-51 & 1Roi 19, 4b-8 )
Funérailles de Soeur Saint-Paul-de-la-Croix, sjm ( Madeleine Brodeur)
Dans la première lecture, on voyait le prophète Élie découragé. Plus que jamais, il avait besoin de rencontrer son Dieu. (1Roi 19, 4b-8)
Alors, Dieu intervient à deux reprises en envoyant un ange lui donner du pain afin qu’il trouve la force de poursuivre sa route vers la montagne de Dieu.
Madeleine Brodeur a voulu faire de sa vie une marche où elle pourrait se nourrir pour rencontrer son Dieu.
On m’a dit que, ces dernières années, en particulier, elle parlait souvent de la « Divine Volonté ».
Ce n’était pas nouveau ! Je pense même que c’était le moteur de sa vie.
Toute jeune encore, elle écrit avoir pensé à la vie religieuse. À l’âge de 20 ans, elle explique pourquoi elle veut devenir Servante de Jésus-Marie. Elle écrit :
« pour répondre à la Voix du Divin Maître qui m’appelle à cette vie religieuse. C’est aussi dans le but de me sanctifier chaque jour en réparant pour les erreurs du monde… et prier Marie pour qu’elle fasse de moi une bonne enfant. »
Il y a 21 ans, en 1998, ses compagnes, ici au monastère, ont dit de S. St-Paul qu’elle savait voir la main de Dieu dans tout ce qui se présentait, événements, difficultés et joie, en précisant qu’elle était soumise à la volonté de Dieu.
Votre spiritualité de servantes et ses 64 ans de vie religieuse lui ont sans doute permis de méditer sur la réponse de Marie à l’archange Gabriel : « Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole » et sans doute aussi, sur ces mots du Christ qui dit : « Alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté ». (Hé 10,7)
Dieu s’est chargé de nourrir le prophète Élie pour qu’il puisse poursuivre son chemin.
Il a fait ainsi pour S. St-Paul pour qu’elle puisse, elle aussi, poursuivre son chemin à la rencontre de Dieu. Pendant ses 64 ans de vie religieuse, elle qui aimait la vie communautaire, a pu manger le pain de la communion fraternelle, se nourrir du pain d’un pardon accordé sans mesure, du pain de la Parole accueillie et méditée dans la prière, de ce pain qu’est le Corps du Christ pour prolonger son Eucharistie en adoration autant de jour que de nuit.
Notre faim est bien plus grande que ce qui paraît à première vue.
Dans nos vies, il nous arrive de rencontrer le désert du prophète Élie, le désert de la solitude, du découragement, de la maladie et de l’échec, le désert de la pauvreté intérieure. Notre faim la plus profonde de toutes est notre faim de vie, de vie éternelle, d’immortalité.
C’est à partir de ce moment-là qu’on commence à saisir la profondeur des paroles de Jésus :
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
C’est à partir de ce moment-là qu’on ressent le besoin d’un autre pain, d’un pain qui vient du ciel, d’un pain que Dieu seul peut nous donner.
Et Dieu le donne à ses enfants, il l’a donné à S. St-Paul, il nous le donne en abondance dans le Christ qui nous dit :
« Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. »
Seul le Christ peut combler cette faim profonde que nous portons en nous. C’est ce pain-là qui a soutenu la vie des saints et des martyrs. C’est ce pain-là qui nous permet de vivre en enfant de Dieu comme le désirait tant S. St-Paul.
Jésus vient de nous dire : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi. »
C’est donc le Père qui, par son Esprit, nous conduit à Jésus.
Ça veut dire que le Père a donné S. St-Paul à Jésus, comme un cadeau de Dieu. Ce qui est vrai pour nous aussi. Et Jésus, dans la réciprocité de son amour, ne désire qu’une chose, à son tour, nous remettre à son Père. Il vient de nous le dire : « et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »
Au bout de son chemin, soutenu par son Dieu qui l’a nourri, le prophète Élie arrivera à la montagne de Dieu où il vivra une rencontre inespérée.
Le jour de son anniversaire, le 13 mars 1980, elle avait 47 ans, S. Marie-du-Sacré-Cœur écrit de S. St-Paul : « Elle sait nous faire partager son enthousiasme et son don d’émerveillement. »
Imaginez l’émerveillement de S. St-Paul en rencontrant son Dieu, dimanche dernier.
Du haut du ciel, puisse-t-elle nous partager son émerveillement pour nous aider à poursuivre notre Action de grâce.
