Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 Février 2019
( Marc 8, 1-10 )
« Ils vont défaillir en chemin. »
On est en plein territoire de dix villes païennes, nommée « la Décapole. »
Jésus constate qu’une foule est là auprès de lui depuis trois jours et que les gens n’ont pas de quoi manger. Épris de compassion, il dit à ses disciples :
« Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin et certains d’entre eux sont venus de loin. »
Tout de suite, les disciples lui disent :
« Où donc pourra-t-on trouver du pain pour les rassasier, ici, dans le désert ? »
Au fond, la vraie question des disciples est celle-ci :
« Où pourrait-on trouver quelqu’un qui pourrait nourrir une foule pareille dans le désert ? »
Eux ne pourront jamais le faire, ils n’ont que « sept pains et quelques petits poissons .»
Alors Jésus répond à leur interrogation.
« Prenant les sept pains, et rendant grâce, il les rompit et il les donnait à ses disciples » pour qu’il les distribue à la foule.
C’est un événement hors du commun, mais les disciples n’ont encore rien compris.
La distribution étant terminée, Jésus renvoie la foule, monte dans la barque avec ses disciples pour aller dans une autre région.
Ils avaient oublié de prendre des pains avec eux, ce qui entraîne toute une discussion entre eux, peut-être même une bonne chicane.
Alors Jésus intervient et leur dit :
« Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pain…
Vous ne comprenez pas encore,…
vous avez des yeux et ne voyez pas,
vous avez des oreilles et vous n’entendez pas. »
Vous n’arrivez même pas à vous rappeler que j’ai nourri des milliers de personnes une première fois au point qu’il restait douze corbeilles (Mc 8,13-21) Vous ne vous rappelez pas que je viens de faire la même chose, qu’il restait sept corbeilles.
Les disciples ne comprennent rien.
Ils ne savaient pas trop quoi faire devant la foule affamée.
Nous pouvons très bien leur ressembler devant ces milliers de réfugiés qui frappent à notre porte.
Je pense que Jésus est toujours épris de compassion, qu’il continue d’être bouleversé et de nous dire : « Ils vont défaillir en chemin. »
Je pense même que c’est pour cette raison qu’il est venu dans notre monde.
En regardant la situation des hommes sur la terre, il fut bouleversé et dit : « Ils vont défaillir en chemin. »
Aussi, il envoya son Fils pour nous nourrir, son Fils qui, un certain jeudi soir, rendant grâce et rompant le pain, il dira :
« Prenez, et mangez-en tous, ceci est mon corps donné pour vous. »
« Où donc pourra-t-on trouver du pain pour les rassasier ici, dans le désert ? »
Nous n’avons que sept pains et quelques petits poissons.
Dans nos déserts d’aujourd’hui, le Christ nous appelle à croire que dans nos petits gestes, il met du pain dans nos mains pour qu’on l’offre à une foule affamée de tendresse et de pain, de justice et de paix.
Je termine avec un petit poème de Christophe Lebreton, le plus jeune des 6 moines de Tibhirine tué en 1996. Ce n’est pas un poème facile à saisir sur le coup, il faut le méditer.
« Comprendre
la faim de l’autre
et croire que toi
Jésus ressuscité,
à partir de ce que je t’apporte
si disproportionné cela soit-il,
avec l’attente de l’autre
qui au fond a faim d’amour.
Parole de guérison
toi tu vas répondre
et je serai serviteur du Don
simplement
amoureusement. »
