Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er Février 2019
( Marc 4, 26-34 )
Dans l’évangile, ce matin, Jésus raconte deux petites paraboles réconfortantes à ses disciples, petites paraboles toujours réconfortantes pour nous aujourd’hui.
On peut observer que facilement chez nous, les communautés sont de plus en plus fragiles, que les paroisses doivent s’unifier pour survivre, que les vocations sacerdotales et religieuses sont peu nombreuses.
J’ai souvent entendu les gens me dire : « où est-ce qu’on ça va avec tout ça ? »
On peut facilement se demander ce que fait le Seigneur.
Va-t-il nous laisser diminuer jusqu’à ce qu’on disparaisse ?
Est-ce qu’on ne serait pas mieux de passer à autre chose ?
C’est au cœur de cette réalité que le Seigneur vient nous dire :
« Attention ! Attention ! Ne tirez pas des conclusions trop vite, nous dit Jésus. Mon royaume est comme une semence jetée en terre, nuit et jour, que le semeur dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. »
Une fois que le semeur a jeté le grain en terre, il se doit de faire confiance à la terre et à la force de vie que Dieu a mis dans la semence.
Le semeur a répandu la semence dans les sillons de son champ, mais c’est Dieu qui a programmé la semence, seconde après seconde, l’apparition du blé en herbe, de l’épi dans l’herbe et du grain dans l’épi.
Jésus nous affirme que le Seigneur agit même si le semeur ne sait pas comment, que l’Esprit Saint travaille de jour et de nuit, qu’il travaille dans le cœur des chrétiens, des baptisés et qu’on peut déjà le voir agissant dans notre monde, comme la semence qui sort de terre.
La deuxième petite parabole, réconfortante elle aussi, va encore plus loin.
Jésus nous dit que le règne de Dieu, c’est le règne de la disproportion, le règne du débordement, de la profusion, que le règne de Dieu dépasse toutes nos attentes.
Quelle disproportion entre la plus petite de toutes les semences « qui grandit et dépasse toutes les plantes potagères » au point que « les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre » !
Autrement dit, Jésus vient nous dire qu’il n’y a pas de commune mesure entre ce que nous faisons et ce qui se produit dans le règne de Dieu.
La grâce de Dieu nous entraîne beaucoup plus loin que ce que nous imaginons, que ce que nous osons demander ou rêver.
Nous en avons des exemples.
Un peu d’eau au baptême accompagné de quelques paroles, et c’est la présence de l’Esprit Saint dans le cœur d’un enfant ou celui d’un adulte.
Une parole d’absolution par le prêtre et le pardon de Dieu est donné à la mesure de son cœur Dieu.
Dans l’Eucharistie, la consécration d’un petit peu de pain, d’un petit peu de vin rendent le Seigneur lui-même présent sur l’autel comme il l’est dans le royaume.
Chacun des sacrements que nous célébrons traduit la disproportion qu’il y a dans le règne de Dieu.
Et vivre la disproportion qui est là dans le règne de Dieu, c’est avoir une foi qui nous permette de reconnaître la présence de l’invisible dans ce qui est visible.
C’est aussi constamment prier le Seigneur de nous donner une foi qui nous permette d’aller bien plus loin que ce qui est visible.
