Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 19 Janvier 2019
( Marc 2, 13-17 )
Hier, saint Marc nous disait qu’il y avait tant de monde qui cherchait Jésus qu’il n’y avait même plus de place devant la porte. Il remportait un succès fou, tout allait bien pour lui. Pourtant, avec la guérison du paralysé, un premier avertissement avait été donné à Jésus. Son pardon au paralysé avait dérangé :
« Pourquoi celui-ci parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »
Ce matin, dans l’évangile, ce n’est pas une parole, mais le comportement de Jésus qui choque.
Après la guérison du paralytique, Jésus sort de nouveau, et en passant, il voit Lévi, assis au bureau des impôts qu’il perçoit les impôts pour le compte des Romains tout en profitant de sa situation pour accumuler des richesses. Cet homme méprisé par ses compatriotes, Jésus l’appelle à le suivre. Un vrai scandale pour les témoins de la scène, et encore plus quand ils voient Jésus accepter l’invitation de Lévi et prendre un repas avec des publicains et des pécheurs que Matthieu avait invités au banquet, sans doute.
Les scribes manifestent leur surprise aux disciples, mais dans cette surprise se cache une question bien plus profonde :
« Comment peut-il prétendre enseigner alors qu’il fréquente des gens de si mauvaise réputation ? »
Jésus qui avait tout entendu déclare « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
Aujourd’hui, nous sommes habitués au pardon, ce qui fait qu’on ne saisit pas très bien comment cette parole de Jésus était une véritable révolution pour les gens de son temps. C’est sûr que le fossé entre Jésus et les pharisiens va s’approfondir davantage, pourtant, il faut bien le comprendre, c’est la bouleversante nouveauté du message de Jésus. Il est venu pour les pécheurs.
Saint Paul en a fait l’expérience. Dans une lettre qu’il écrit à son ami Timothée, il raconte comme il est rempli de reconnaissance envers le Seigneur qui l’a chargé du ministère
« moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde… Voici une parole digne de foi, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs. » (1 Tm 1,12-15 ss)
Dans le récit de la Genèse, Adam répond à Dieu qui le cherche :
« J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » (Gen 3,10)
Ces mots d’Adam traduisent une peur qui habite l’être humain, une peur qui revient dans plusieurs livres bibliques.
Aussi, le premier travail de Dieu, l’évangile nous le dit ce matin, c’est de s’approcher de l’humanité pécheresse, de gagner sa confiance. Jésus s’abaisse pour rencontre l’homme misérable pour qu’il comprenne que Dieu l’aime.
Et pour le faire, il a accompli des merveilles dans celle qu’Élisabeth appelle « la mère de mon Seigneur », la vierge Marie.
Il a fait de sa mère notre mère. Il lui a confié un rôle maternel dans l’Église pour qu’elle ne cesse de produire des fruits de salut en nous afin que nous puissions nous lever comme Lévi et suivre Jésus.
