Mgr J-C. Dufour-6 janvier 2019-Épiphanie du Seigneur-Matthieu2, 1-12

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 6 janvier 2019 – Épiphanie du Seigneur – Matthieu 2, 1-12

Liturgie des Heures : Temps de Noël, semaine : II

 

Saint Ambroise a écrit un jour : « l’Église est vraiment comme la lune. »
Ça surprend ! Mais il ajoutait : parce « qu’elle ne brille pas d’elle-même, mais de la lumière du Christ. Elle tire sa propre splendeur du Soleil de justice.»

 

Le prophète Isaïe vient de nous dire la même chose à propos de Jérusalem. Si elle n’est pas une ville comme les autres, c’est parce que, dit-il : « Sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît ». Et ainsi le prophète nous enseigne déjà que la seule lumière qui vient illuminer nos existences, c’est celle du Christ.

 

Ainsi, on apprend que l’Église ne brille pas d’elle-même, que notre communauté ne brille pas d’elle-même, qu’aucune personne ne brille d’elle-même.
Pour répondre à notre mission de baptisés, nous avons besoin d’être illuminés par le Christ ; pour être missionnaire, il faut, comme la lune, réfléchir la Lumière du Christ. C’est ce que notre monde attend de nous.

 

À la fin de la première lecture, le prophète Isaïe faisait état d’une grande procession : « En grand nombre, des chameaux t’envahiront […] Tous les gens de Saba viendront. »
Qui sont les gens de Saba? Le royaume de Saba était un des grands royaumes de l’époque. Pensons à la reine de Saba qui était venue rendre visite au roi Salomon avec de grandes richesses. Où s’en vont-ils les gens de Saba ? Ils s’en vont vers la cité sainte parce que la gloire du Seigneur fait resplendir sa lumière sur elle, nous dit le prophète.

 

Les mages sont les premiers de cette procession qui ne s’est jamais arrêtée au fil de siècles. Ils représentent tous ces hommes et ces femmes de toutes les époques qui sont en recherche, qui ont vu l’étoile et l’ont suivi pour, finalement, trouver un enfant qui nous révèle toute la tendresse de Dieu.

 

Au fil des siècles, on a amplifié l’histoire des mages. Pourtant, il faut bien le remarquer, Matthieu est plutôt sobre à leur sujet : on ne connaît pas leur nom, on ne sait pas combien ils étaient, quel était leur pays d’origine, quel chemin ils ont parcouru. Aussi, pour bien saisir le message que Matthieu veut nous livrer, il faut nous libérer de toutes ces images qu’on a ajoutées à l’histoire de Matthieu.

 

Les mages cherchaient la lumière qui pouvait éclairer leur vie. Aussi, à la vue de l’étoile, ils se sont mis en marche. Je pense que l’étoile qui les guidait était intérieure ; c’est l’Esprit de Dieu qui les appelait et les poussait à prendre la route au bout de laquelle ils feront la rencontre du vrai Dieu.

 

On a fait de leur histoire une belle histoire, en oubliant que ces hommes qui cherchaient la lumière ont dû faire face à des difficultés.
Pour eux, c’était évident que le nouveau roi devait naître dans un palais royal. Aussi, ils se rendent au palais du roi Hérode. Il faut bien le noter, c’est pendant qu’ils sont chez Hérode qu’ils perdent l’étoile de vue. Ce qu’ils ont vu, c’est un roi orgueilleux, avide de pouvoir, qui songe à éliminer tous ceux qu’il considère comme des rivaux. L’étoile ne peut pas briller dans un lieu pareil. Impossible que l’Esprit Saint soit là ! Moment difficile pour eux, sans doute. Heureusement, le rappel d’une parole du prophète Michée qui annonçait un chef qui serait berger les a remis en route vers la lumière.

 

Arrivés à Bethléem, ils trouvent « l’enfant avec Marie sa mère ».
Ils auraient bien pu se révolter devant la petitesse de ce qu’ils viennent de découvrir, mais c’est le contraire qui arrive : tombant à ses pieds, ils se prosternent devant lui. L’Esprit Saint leur a permis d’entrer dans ce grand mystère, de reconnaître un Dieu ne se manifeste pas dans la puissance, mais un Dieu qui vient à nous dans l’humilité de son amour.

 

Comme à Noël, l’histoire des mages vient nous dire que, pour découvrir Dieu, il faut baisser la tête, regarder par en bas. La crèche nous présente un chemin bien différent de celui qu’on imagine souvent, c’est le chemin de l’abaissement de Dieu, un chemin que les mages eux-mêmes ont parcouru. Ils sont passés de calculs hautains à l’humilité de la crèche. Demandons au Seigneur de nous guider sur ce chemin de conversion.

 

Pendant qu’ils étaient chez Hérode sans que l’Esprit Saint y soit, les mages ont reçu une parole qui les a remis en route.
Prions pour tous ceux et celles qui vivent des situations semblables, qui ont perdu l’étoile de vue, afin qu’ils puissent entendre, eux aussi, une parole qui les remette en route et les conduise vers un Dieu humble et miséricordieux.