Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 29 Décembre 2018
( Luc 2, 22-35 )
« Celui qui a de la haine contre son frère est dans les ténèbres. Il marche sans savoir où il va », vient de nous dire saint Jean.
Parfois, j’ai entendu des gens qui avaient vécu un drame affirmer : « Je ne lui pardonnerai jamais ! »
Cette affirmation traduit bien sûr une grande souffrance.
Mais que signifie le « jamais » dans cette affirmation ? Jamais !
Est-ce que c’est le pardon qui n’arrivera jamais ? Jamais !
Est-ce que c’est la souffrance qu’on vit qui ne disparaîtra jamais ?
Il y a une chose qui demeure certaine ! On ne peut pas vivre pleinement quand on éprouve de la haine dans notre cœur.
La bible nous en parle. Elle nous rappelle à quelques reprises que le refus de pardonner devient une souffrance. Je vous donne trois exemples.
Le premier est tiré de l’histoire de Jonas.
Jonas qui avait d’abord résisté à la mission que Dieu lui confiait finit par s’en acquitter à un moment donné et tous les Ninivites se convertissent.
Que Dieu ait pardonné aux Ninivites, c’est insupportable pour Jonas. Ça chauffe par en dedans ! Ça bouille dans son cœur ! La colère l’envahit et il refuse catégoriquement d’entrer dans le pardon de Dieu jusqu’à dire à Dieu : « Eh bien, Seigneur, prends ma vie, mieux vaut pour moi mourir que vivre. » (Jonas, chapitre 4)
Mon deuxième exemple vient d’une parabole de Jésus :
il nous raconte l’histoire d’un serviteur à qui son maître avait remis une dette énorme qu’il n’aurait jamais pu rembourser.
Mais ce même serviteur refuse de remettre une petite dette à un compagnon. Le roi en entend parler et revient sur sa décision pour le remettre finalement aux bourreaux. (Mt 18,23-35)
Mon troisième exemple vient aussi d’une parabole de Jésus :
où il nous raconte l’histoire d’un maître d’un domaine qui sort à différentes heures du jour pour engager des gens pour travailler à sa vigne. Le soir venu, il remet le même salaire à tout le monde, aux premiers comme aux derniers.
La température intérieure grimpe beaucoup chez les premiers engagés qui récriminent contre le maître du domaine. (Mt 20,1-15)
Dans tous ces exemples, on n’accepte pas la façon d’agir de Dieu, on n’accepte pas qu’il soit pardon, qu’il fasse grâce.
Jésus en savait quelque chose. Il a dû en subir les conséquences. Jésus a pardonné sur la croix, saint Étienne a pardonné alors qu’on le lapidait.
Le refus de pardonner entraîne des blessures que nous nous infligeons nous-mêmes.
On ne peut pas vivre heureux ainsi et Jésus, lui, veut notre bonheur.
Nous avons vraiment besoin de contempler un Dieu de miséricorde et de pardon.
Nous avons vraiment besoin de contempler un Dieu qui vient nous éclairer sur notre vie.
Le jour de Noël, saint Jean nous disait :
« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes […] Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. »
C’est l’expérience du vieillard Syméon dans l’évangile.
Tenant l’enfant de Marie dans ses bras, il déclare que ses yeux ont vu le salut, qu’il peut s’en aller en paix.
Il nous donne l’impression de sortir des ténèbres parce que la lumière vient de resplendir pour lui. Il sait bien aussi que beaucoup d’hommes et de femmes refuseront d’accueillir la lumière et choisiront de demeurer dans leurs ténèbres douloureuses.
Pendant cette Eucharistie, faisons confiance à Dieu, contemplons celui qui est la lumière du monde, qui vient pour nous guérir de toutes nos blessures.
