Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 5 Décembre 2018
( Matthieu 15, 29-37 )
Le prophète proclame
« Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages » et poursuit en affirmant de manière très forte :
« Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. »
Les femmes portaient le voile en signe de deuil, le linceul servait à envelopper les morts. On se rappelle que Joseph d’Arimathie avait enveloppé le corps de Jésus dans un linceul immaculé. Ainsi, le prophète nous annonce que le Messie va mettre fin au pouvoir de la mort.
Et le prophète prend soin de nous dire, à trois reprises, que tout va se passer sur la montagne : la préparation d’un festin sur sa montagne, le voile de deuil qu’il fera disparaître sur la montagne, et finalement la main du Seigneur qui reposera sur la montagne.
Vraiment, aux yeux du prophète, la montagne est un lieu bien spécial et même, un lieu sacré.
C’est très présent dans la bible. La montagne est un lieu où le ciel et la terre se rencontrent, un lieu de rencontre de Dieu, que ce soit la montagne du Sinaï ou la montagne de Sion à Jérusalem.
C’est sur la montagne que Moïse reçoit les Tables de la Loi.
C’est sur la montagne que Jésus prononce son premier grand sermon, débutant par les fameuses béatitudes.
C’est encore sur la montagne que Jésus sera transfiguré devant trois de ses apôtres.
Si, dans la première lecture, le prophète parlait de festin sur la montagne, Jésus, dans l’évangile, opère le miracle de la multiplication des pains « sur la montagne » lui aussi.
Quand le mot « montagne » apparaît dans la bible, il faut dresser l’oreille, ça veut dire que le Bon Dieu n’est pas loin !
Pourtant, quand il rencontre la Samaritaine au puits de Jacob, Jésus lui fait toute une révélation, il annonce un changement radical :
« Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père… Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. » (Jn 4,21 .23)
Désormais, ce sera le cœur qui sera le lieu de la rencontre de Dieu, c’est dans leurs cœurs que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité.
Ça prend une couleur particulière dans l’évangile. Matthieu nous dit, notez bien les mots :
« Il prit les sept pains et les poissons ; rendant grâce, il les rompit, et il les donnait à ses disciples, et les disciples aux foules. »
L’allusion à l’eucharistie est très claire. Le Seigneur veut tellement habiter en nous, habiter nos cœurs qu’il se fait l’Eucharistie pour se laisser consommer par nous, et plus encore.
Après le repas, Matthieu écrit : « Il restait sept corbeilles pleines ». Il nous dit ainsi que Dieu est une nourriture qui veut se multiplier et se propager pour tous les êtres humains en tout temps et en tout lieu.
