Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 18 Novembre 2018 – 33e Dimanche Ordinaire « B » ( Marc 13, 24-32 )
Liturgie des Heures : semaine : I
Un jour, deux messieurs se présentent à mon bureau.
Je pensais que c’était des vendeurs, mais, à un moment donné, il y en a qui sort une bible de sa valise et qui me lit cette petite phrase de l’évangile d’aujourd’hui :
« après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. »
Il me demande si je crois à la fin du monde, si ça me fait peur et si ça m’incite à me convertir. C’était des témoins de Jéhovah.
Alors, je lui demande de poursuivre sa lecture un peu plus loin. Et quand il arrive à la phrase qui dit :
« Que la comparaison du figuier vous instruise : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche »,
je lui dis que moi, ça ne me fait pas peur, que les signes du printemps, ça me met plutôt de bonne humeur. Je les sentais déconcertés, ils me demandent s’ils peuvent revenir me voir, mais ils ne sont jamais revenus.
Il y a toujours eu des annonces de la fin du monde. Si on pense que Jésus veut nous faire peur aujourd’hui, on est à cent milles à l’heure de la mentalité juive. Il faut savoir que, pour les peuples qui entouraient le pays de Jésus, le soleil, la lune et les étoiles étaient des divinités, des esprits qui habitaient le ciel et auxquels on rendait un culte. Quand Jésus nous dit que le soleil va s’obscurcir, que la lune va perdre de son éclat, que les astres vont tomber, il nous annonce la fin de l’idolâtrie, la victoire de Dieu sur toutes les forces du mal.
Aussi, Jésus nous invite à être vigilants, à ne pas sombrer dans ces idolâtries qui existent toujours dans notre monde, mais à garder les yeux fixés sur notre Dieu, sur son projet d’amour pour le monde.
Ce n’est pas pour rien que dans la dernière prière de la messe, aujourd’hui, on demande au Seigneur d’augmenter la charité en nous, c’est la seule chose qui va rester.
Être vigilants, ça veut dire aussi observer les bourgeons, les nouvelles pousses qui nous annoncent que l’été est proche, être attentifs aux signes de la présence de Dieu dans notre monde, à toutes ces victoires sur les forces du mal, à en être les porte-parole et les témoins. Je vous donne deux exemples.
À la fin de la guerre, dans un camp de concentration, un soldat américain a trouvé sur un bout de papier la prière d’un juif qui avait été exterminé. Une prière que je trouve extraordinaire ! La voici !
« Seigneur, lorsque tu viendras dans ta gloire, ne te souviens pas seulement des hommes et des femmes de bonne volonté. Souviens-toi également des personnes de mauvaise volonté. Mais ne te souviens pas alors de leurs cruautés et de leur violence. Souviens-toi de la patience, du courage, de la camaraderie, de la grandeur d’âme, de la fidélité qu’ils ont recueillie en nous. Et fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient un jour, leur rédemption. »
Mon 2e exemple est tiré de la lettre d’un prisonnier qui écrit :
« En prison, délaissé par de nombreux amis, et critiqué ouvertement par les miens, Dieu s’est manifesté à travers deux personnes qui ont croisé ma route sans que je l’aie vraiment voulu. Je l’ai vu dans leur douceur, leur amitié, leurs gestes. J’ai senti tant de bonté et de pardon inconditionnel de leur part malgré les actes violents que j’avais commis. Je me suis remis alors en question, et j’ai fait le choix de Dieu dans ma vie. Aujourd’hui, je sais qu’Il sera toujours là pour me seconder, non pas pour tout faire à ma place. J’avais abandonné Dieu, mais LUI ne m’avait pas laissé tomber. Il m’attendait dans le détour. Je trouve dans ma foi de tous les jours, une force pour traverser chaque jour, un réconfort pour mes moments de troubles et de faiblesses, et une énergie nouvelle à le prier et à lui parler comme à un ami. »
Ces signes de la présence de Dieu sont peut-être extraordinaires. Mais il y en a plein d’autres dans notre monde qui nous annoncent que l’été est proche, qu’un monde nouveau s’en vient. Ils nous annoncent le retour de Jésus dans la gloire, le retour de Celui qui, sur la terre, a passé son temps à pardonner, à guérir, à relever et à aimer, le retour d’un Dieu de tendresse et de bonté, d’un Dieu plus fort que tout ce qui peut nous détruire, plus fort que toutes les forces du mal, le Dieu de la Pâques, le Dieu qui fait passer de la mort à la vie.
