Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 4 Novembre 2018 – 31e Dimanche Ordinaire « B » ( Marc 12, 28b-34 )
Liturgie des Heures : semaine : III
Il fait une belle démarche, le scribe qui s’avance vers Jésus.
On sent vraiment que c’est un homme droit qui cherche le chemin du royaume, la paix intérieure. Il veut connaître le grand secret ou ce qu’il est important de faire pour être sauvé. Aussi, il pose une bonne question à Jésus :
« Quel est le premier de tous les commandements ? »
C’était une bonne question ! Il y avait 613 préceptes dans le temps. Qu’est-ce qu’il fallait mettre en premier ? Quel était le plus important ?
Jésus aurait bien pu répondre au scribe en mettant un peu d’ordre dans les préceptes, mais il n’en est rien ! Une seule réponse :
« Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
On ne sait pas comment le scribe a réagi à la réponse de Jésus, mais on sait que la réponse de Jésus, il la connaissait depuis longtemps puisque les juifs devaient la réciter trois fois par jour. C’est certain que Marie et Joseph l’avaient enseignée à Jésus alors qu’il était encore tout jeune ! Nous aussi, nous connaissons bien la réponse de Jésus, pourtant quand on nous demande de la rappeler, on oublie très souvent, pour ne pas dire toujours deux choses bien importantes.
La 1ère chose qu’on oublie, ce sont les premiers mots de la réponse de Jésus
« Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. »
Ce n’est pas n’importe quoi. Ainsi Jésus commence par nous situer au niveau de notre foi, pas une foi abstraite ou dans des formules, mais la foi personnelle, la foi dans un Dieu qui marche avec nous, qui vient nous rencontrer dans notre vie, qui est au cœur de notre histoire.
La 2e chose qu’on oublie, c’est que la réponse de Jésus est une prière, la prière qui nous maintient en relation permanente avec notre Dieu, avec un Père qui enseigne à ses enfants comment marcher sur le chemin de la vie, comment suivre le chemin qui conduit au bonheur et à la paix, avec un Dieu qui répond aux questions qu’on se pose quand on veut aimer.
C’est quand on se situe au niveau de notre foi et que nous nous maintenons en état de prière qu’on peut saisir les mots de Jésus qui nous demande d’aimer Dieu « de tout notre cœur, de toute notre intelligence et de toute notre force. »
« Aimer Dieu de tout son cœur » !
À la fin de l’évangile, Jésus dit au scribe qu’il n’est pas loin du royaume de Dieu. Peut-être que le scribe vit trop sa religion dans sa tête et pas encore assez dans son cœur. « Aimer de tout son cœur », ça veut dire entrer dans un mouvement qui nous tire hors de nous-mêmes, s’investir à fond, laisser battre en nous un cœur de fils ou de fille de Dieu, d’un Dieu qui est alliance avec nous.
« Aimer de toute notre intelligence ».
L’amour véritable, ce n’est pas d’abord un amour sentimental, mais un amour qui demande du discernement, un amour qui fait en sorte qu’on cherche à mieux se connaître et à mieux connaître les autres.
« Aimer de toute notre force »,
qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut bien moins dire un « Je t’aime », et bien plus dire un « Je veux t’aimer. » « Aimer de toute notre force », ça veut dire dépasser nos sentiments, et même nos ressentiments, mettre nos énergies à construire des ponts solides qui vont nous permettre de traverser les épreuves inévitables de la vie.
Cet amour enraciné dans la foi et dans la prière ne peut faire autrement que rejoindre notre prochain. Saint Jean le disait : « Si quelqu’un dit : “J’aime Dieu”, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur ». (1 Jn 4,20)
Cet amour de Dieu et du prochain, on le voit tellement bien en Jésus ! Son amour pour son Père l’entraînait à se retirer dans la montagne ou au désert pour prier, mais en même temps, il allait à la rencontre des malades, des exclus, des pécheurs, des foules égarées. Sur la croix, il se tourne vers son Père, mais aussi vers le larron crucifié près de lui ; il se tourne vers Marie et Jean et même vers ses bourreaux qui, dit-il, ne savent pas ce qu’ils font.
Le scribe était un spécialiste de la Loi. Il fait preuve de beaucoup d’humilité en venant demander conseil à Jésus.
Au moment où nous sommes rassemblés pour célébrer l’eucharistie, le Seigneur nous montrer jusqu’où va l’amour.
Avec l’humilité du scribe, demandons au Seigneur de nous aider à le suivre sur le même chemin.
