Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 2 Novembre 2018 – Commémoration des fidèles défunts
( Jean 12, 4-2 )
Quand un dimanche après-midi d’automne, nous allions au cimetière pour une célébration, mon père nous faisait visiter les tombes des défunts de la famille en nous racontant un peu leur histoire. Ça finissait quasiment par être l’histoire du village.
J’imagine que c’était un peu comme ça quand celles qui arrivaient visitaient la crypte pour la première fois. Elles pouvaient en apprendre un peu plus sur l’histoire de la communauté. On veut se rappeler ce que nos défunts ont été pour nous comme si on voulait qu’ils fassent partie de notre vie.
D’un autre côté, on vit dans un monde qui essaie de se cacher la mort qui est pourtant omniprésente, surtout la mort tragique et spectaculaire. En très peu de temps, les médias nous informent de ceux et celles qui meurent suite à des conflits, de catastrophes ou de bouleversements de la nature.
Dans ce contexte, il est important plus que jamais d’accueillir et d’approfondir l’éclairage de la foi chrétienne sur les grandes questions du sens de la vie et de la mort. Remarquons d’abord que le 2 novembre, l’Église ne célèbre pas la fête des morts comme on l’entend, mais fait mémoire des fidèles défunts, un mot qui vient du latin et qui signifie « accompli ». Autrement dit, l’Église nous invite à célébrer ceux et celles qui ont accompli leur vie, leur mission comme vos sept sœurs qui nous ont quittés cette année.
C’est certain qu’on n’arrive pas à comprendre tout ce que Jésus nous révèle sur notre vie présente et sur notre vie à venir dans l’éternité. Déjà saint Paul le disait aux Corinthiens : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu ». (1 cor. 13,12)
Malgré tout, nous avons à témoigner avec humilité, avec courage et conviction, que la vie, la mort et la résurrection du Christ apportent à l’humanité un trésor sans prix. Nous avons à prolonger les témoignages que nous venons d’entendre dans les lectures d’aujourd’hui ; celui d’Isaïe qui déclare : « Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur essuiera les larmes sur tous les visages », celui de saint Paul aux Romains : « Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ… pour être avec lui dans la gloire.
Leurs témoignages confirment ce que Jésus vient de nous dire dans l’évangile : « Si le grain de blé meurt, il porte beaucoup de fruit. » Dans ce grain de blé qui meurt, il faut d’abord voir Jésus qui, dans sa mort, a porté des fruits qui viennent jusqu’à nous en nous disant : « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. »
Nous annonçons que tous ceux et celles qui placent leur espérance dans le Christ, qui se convertissent à son message d’amour vivront avec lui éternellement. Malgré tous les scepticismes, malgré nos propres doutes intérieurs, c’est ce que nous proclamons avec ceux et celles qui ont été les témoins de la résurrection de Jésus.
Souvent dans mon ministère en paroisse, j’ai rencontré des personnes qui vivaient des deuils déchirants. Ces mêmes personnes racontaient comment elles avaient été entourées d’affection et d’amour en vivant leur deuil, ce qui exprime quelque chose de très profond, je dirais même d’essentiel.
Si notre amour humain est déjà source de réconfort et d’espérance, combien plus encore l’amour de notre Dieu ! Cet amour de Dieu est la clé du mystère de la résurrection. En donnant sa vie par amour, le Christ nous révèle que l’amour est plus fort que la mort et nous ouvre la porte de l’espérance. Il ne vient pas nous dire que la mort est supprimée, mais qu’il la transforme en passage vers un amour et une vie éternelle.
En célébrant l’Eucharistie, nous faisons mémoire de la mort de Jésus par amour et de sa résurrection. En le faisant dans la foi, nous communions au Christ sauveur et nous communions, en même temps, à tous ceux et celles que nous avons aimés et qui, dans le Christ, sont vivants à jamais. Le Christ Jésus est venu nous ouvrir la porte du cœur de Dieu ! C’est là que nous espérons nous retrouver et vivre éternellement une histoire d’amour !
