Mgr J-C Dufour-26 septembre 2018-Sts martyrs canadiens-Jean 12,24-26

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 26 Septembre 2018 – Saints Martyrs canadiens

( Jean 12, 24-26 )

 

Quand on nous parle des chrétiens d’Orient qui sont persécutés, ça nous permet de nous rappeler, qu’à toutes les époques, des femmes et des hommes sont allés jusqu’à donner leur vie pour leur foi.
La fin tragique de six jésuites et de deux laïcs à leur service se situe dans le même climat d’incompréhension. On se demande ce qui peut pousser des hommes à en tuer d’autres parce qu’ils ne partagent pas la même croyance. Quel dieu peut-il pousser à tuer plutôt qu’à faire vivre ?

 

On n’aura jamais de bonnes réponses à ces questions. Je pense qu’il vaut mieux regarder les effets du martyr de Jean de Brébeuf et de ses compagnons. Le martyr de ces hommes a donné du poids à l’évangile chez nous. Leur martyr a engendré des générations de disciples du Christ jusqu’à nous aujourd’hui. C’est ce que Jésus vient de nous dire dans l’évangile :
« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

 

C’est d’abord Jésus qu’il faut voir dans ce grain de blé. Il est mort sur une croix et sa mort a été des plus fécondes. C’est elle qui lui permet d’accueillir des hommes et des femmes dans la même communauté, dans une seule Église, et ce depuis plus de deux mille ans.
Mais cette petite parabole nous parle de nous aussi. Jésus vient nous dire que celui ou celle qui aime sa vie, qui s’accroche à sa vie, est, en réalité, en train de la détruire, que celui ou celle qui renonce à sa vie, qui aime Dieu, qui s’accroche à la vie de Dieu, qui vit selon les désirs de Dieu, permet à sa vie de déboucher sur la vie éternelle. C’est bien le témoignage des martyrs canadiens.

 

Qu’est-ce qui permet à des êtres humains d’aller jusqu’au martyre ?
Je pense bien que c’est la conviction que nous partage saint Paul dans la 1e lecture quand il dit :
« Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu»
Il faut avoir expérimenté l’amour de Dieu pour avoir la conviction que nous ne serons jamais abandonnés.
Pensons-nous vraiment que Celui que nous a donné ce qu’il avait de plus précieux, son propre Fils, son Fils unique, va nous abandonner par la suite ?
La manifestation suprême de l’amour de Dieu, c’est le don de Jésus. Saint Jean l’écrit dans sa première lettre :
« Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. »   (1 Jean 4,9-10)

 

Tantôt, j’ai posé la question : « Quel dieu peut-il pousser à tuer plutôt qu’à faire vivre ? »
C’est vrai qu’au fil des siècles les hommes se sont forgé toute sorte d’images de Dieu.
La nôtre, c’est celle d’un homme dans la jeune trentaine qui, un jour, ayant pitié de la foule au bord du lac, l’a fait asseoir et lui a donné à manger.
Un peu plus tard, lors de la résurrection de son Fils et par l’Eucharistie, ce même Dieu veut être lui-même nourriture et joie au cœur de nos vies.
Ainsi, il devient notre véritable énergie ; il devient notre vie. Et cette vie est tellement ancrée en lui que rien, absolument rien ne pourra désormais nous en séparer.