Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er Août 2018 – Funérailles de S. Françoise Gareau, sjm.
( Luc 4, 16-20 )
Vous pourriez bien vous demander ce qui a motivé mon choix de lectures pas habituelles pour une célébration de funérailles.
Je vous fais remarquer d’abord le lien qu’il y a entre elles. En commençant les Actes des Apôtres, saint Luc fait mention de son premier livre où il a parlé de tout de ce que Jésus a fait et enseigné. Par la suite, le psalmiste chante :
« Dans le livre est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime. »
Et dans l’évangile, saint Luc nous raconte que Jésus qui était revenu vers son village se rendit à la synagogue et qu’il se leva pour faire la lecture. On lui remet le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre, proclama un très beau passage, referma le livre, le remit au servant et déclara :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
Pour mieux saisir mon choix de lecture, il faut que je vous raconte une petite anecdote.
Un jour que je venais de visiter S. Françoise, en janvier sans doute, elle me raconte qu’elle avait écrit un petit mot pour chacun de ses frères et de ses sœurs. Une fois déposé à la poste, me dit-elle, j’ai réalisé qu’ils étaient tous morts.
Quand Mère Générale m’a écrit pour m’annoncer que S. Françoise en avait pour peu de temps à vivre, j’avais toujours cette anecdote en tête. Ça m’a suivi pendant tout le temps de préparation de cette célébration. Chaque fois que j’allais la visiter, elle avait un crayon à la main. Elle m’avait dit qu’elle aimait beaucoup écrire. Vous lui auriez même promis, paraît-il, de mettre quelques feuilles de papier dans sa tombe.
Françoise nous a laissé un livre, pas un livre écrit de sa main, mais le livre de sa vie, un livre qui rejoint chacune des lectures que nous avons écoutées. Comme saint Luc, elle a écrit ce que Jésus avait fait dans sa vie. Comme le psalmiste, elle a chanté « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. Mon Dieu, voilà ce que j’aime. » Elle a cru que Jésus venait accomplir les paroles écrites par le prophète Isaïe et elle l’a vu dans sa propre vie. Quand j’ai lu les notes autobiographiques de S. Françoise, j’étais encore plus convaincu d’avoir fait un bon choix de lectures. Je me permets de vous en lire quelques extraits qui m’ont touché et qui peuvent vous toucher.
« Dans un pèlerinage à Sté-Anne de Beaupré, mon père avait dit : « Bonne Ste Anne, je ne suis pas digne d’avoir un prêtre, obtenez-moi la grâce d’avoir une religieuse dans ma famille ». Un peu plus loin, elle ajoute : « La prière de papa fut pleinement exaucée puisque le bon Dieu choisit deux prêtres et cinq religieuses dans notre famille. »
« Mon attrait pour la vie contemplative cloîtrée date de mon plus jeune âge. Mais, fait mystérieux, je n’ai jamais songé à entrer au Carmel. » Après l’entrée en religion de 5 membres de sa famille, elle décide de venir en aide à ses parents qui sont dans le besoin. Elle enseigne trois ans pour ensuite venir à Ottawa s’engager au service civil où elle gagnait un meilleur salaire. Le vicaire de la cathédrale, qui était son confesseur, connaissait son projet de vie religieuse. Un jour, il lui dit : « De l’autre côté de la rivière, il y a une belle petite communauté fondée au Canada. Elles ont l’exposition du St-Sacrement et prient pour les prêtres »… « Je vins passer une fin de semaine. Ce fut le coup de foudre ! C’est bien cela que je voulais ! »
« Jésus voulait que je sois un petit jouet entre ses mains, selon l’expression de Thérèse de Lisieux… Il me fait rouler dans nos sept monastères et je remplis successivement tous les emplois sauf l’économat… Le service divin demeurait mon premier emploi. »
« Tout au long de ma vie, lorsque j’ai eu à traverser un tunnel, un prêtre du Seigneur a su éclairer ma route. »
« Merci à nos Mères et sœurs pour le soutien constant de leurs bons exemples. Merci pour les égards dont vous entourez ma vieillesse. Je demande pardon à celles auxquelles il m’est arrivé de faire de la peine. Et de notre Sauveur miséricordieux, j’attends la rémission de tous mes manquements d’amour. À chacune, je redis : au revoir, au ciel et je compte sur vos prières jusqu’à la fin. »
C’est un tout petit résumé du livre de la vie de S. Françoise, un beau livre où elle nous raconte ce que le Seigneur a fait dans sa vie.
La veille de la fête de sainte Anne, S. Françoise fermait le livre de sa vie. Au même moment, le Seigneur l’ouvrait, le relisait et la reconnaissait.
« Dans le livre est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta Loi me tient aux entrailles. »
Le Seigneur a dû lui dire en la voyant arriver « tu as fait ce que je voulais que tu fasses »,
« Très bien, servante bonne et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup : entre dans la joie de ton maître. » (Matthieu, 25,14-30)
Retenons cette belle affirmation du livre de l’Apocalypse : « Ainsi, le vainqueur portera des vêtements blancs : jamais je n’effacerai son nom du livre de la vie ; son nom, je le proclamerai devant mon Père et devant ses anges. » (3,05)
