Homélie Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 Juillet 2018 – 15e Dimanche Ordinaire « B » ( Marc 6, 7-13 )
Liturgie des Heures : semaine : III
Vous avez remarqué que Jésus demande à ses disciples de n’apporter qu’un bâton, sans rien d’autre, pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie.
J’aurais peut-être dû vous demander d’apporter votre bâton de marche parce que Jésus nous envoie en mission comme ses disciples, pour porter sa parole comme le prophète Amos, pour transmettre la foi autour de nous.
Un bâton !
Ça a l’air de rien et pourtant le mot revient 62 fois dans la bible, porteur d’une grande valeur symbolique.
Les personnes âgées ou handicapées ont besoin d’un bâton comme appui, pour s’aider à marcher. En certains endroits, si vous voulez entreprendre une marche exigeante, on vous offre de louer ou d’acheter un bâton de marche pour faciliter vos efforts, pour vous permettre de garder l’équilibre, de protéger vos genoux. Déjà on peut se demander : quel est notre meilleur bâton, notre meilleur appui pour entreprendre la mission que Jésus nous confie ?
Il n’y a pas de doutes ! Notre meilleur appui, c’est le Bon Dieu lui-même et toute la confiance qu’on met en lui. Pas facile de transmettre la foi d’autant plus qu’on ne peut la proposer qu’avec nos dons, nos limites, nos intuitions, nos hésitations. Vraiment, nous avons besoin de nous agripper bien solidement à notre bâton de marche, à notre Dieu, parce qu’il est le seul à pouvoir changer le cœur de ceux ou celles à qui nous portons l’évangile de la foi.
Dans l’histoire de Moïse, on nous raconte que Moïse, avec son bâton, sépare la mer rouge en deux ; avec son bâton, il frappe le rocher dans le désert pour faire jaillir de l’eau ; avec son bâton, il provoque les dix plaies d’Égypte. Il change son bâton en serpent pour intimider Pharaon. Chaque fois, les gens étaient placés devant quelque chose qui leur paraissait impossible. Le bâton de Moïse exprimait toute la puissance de Dieu, la foi en l’impossible. Croire à l’impossible de notre mission, c’est croire que nos mots, notre exemple et notre vie finiront bien par toucher nos proches. C’est croire à l’impossible dans nos projets, nos initiatives pour toucher nos contemporains.
Le bâton peut encore avoir un autre sens. On peut s’en servir pour donner des coups aux autres, pour forcer les autres à faire ce qu’on veut qu’ils fassent. Dans notre monde, on voit des attentats, du terrorisme, des guerres qu’on qualifie de saintes, des violences de toute sorte, autant de bâtons pour amener les gens dans une même religion. Malheureusement, on s’en est servi au cours de l’histoire et on s’est bien rendu compte qu’on ne peut obliger la foi à coups de bâton, qu’on ne peut jamais la transmettre par la force, par la menace ou la peur.
« Ton bâton me guide et me rassure », chante le psalmiste.
Prenons donc le bâton du berger qui guide ses brebis et leur permet d’avancer sur le bon chemin. Encourageons, motivons, stimulons ceux et celles qui sont généreux, honnêtes, droits, solidaires, courageux, tous ceux et celles qui sont en recherche spirituelle.
Le bâton, on peut encore s’en servir pour combattre. Au moment d’engager un combat contre les Amalécites, Moïse dit à Josué que, pendant le combat, il se tiendra au sommet de la colline, « le bâton de Dieu à la main. » Dans certains arts martiaux, on voit les protagonistes utiliser un bâton pour combattre. Quand Jésus envoie ses disciples en mission en n’apportant qu’un bâton, je pense qu’il leur dit :
« Ne vous faites pas d’illusions, la mission n’est pas une partie de plaisir ; c’est un combat ! Partez donc avec courage et énergie ; partez sans peur des coups ni des souffrances ; partez en cherchant la victoire. Partez avec l’assurance de vaincre parce que le Dieu de l’impossible est avec vous. Il vaincra et gagnera. Son amour ne peut que gagner et triompher. »
Prenons donc le bâton des apôtres pour transmettre la Parole du Seigneur autour de nous, en faisant une confiance totale à Dieu, en croyant à l’impossible, en ayant une vision positive de ceux et celles à qui nous voulons la transmettre, et notre Dieu sera vainqueur.
