Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 18 Juin 2018
( Matthieu 5, 38-42 )
On ne réalise pas toujours comment la loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent » apportait de profonds changements dans les anciennes civilisations. Fini le droit de se venger jusqu’à sept fois. Ça faisait réfléchir les criminels et mettait un frein aux vengeances aveugles. N’empêche que la convoitise humaine est toujours là, qui chuchote de s’accaparer des biens de l’autre, qui cherche à nous faire croire que la domination serait probablement la clé de l’existence heureuse. On le voyait trop bien dans la 1ière lecture : la convoitise d’Achab, le complot, la condamnation d’un innocent. Finalement Jézabel et Achab qui s’accapare de la vigne de Naboth, un innocent. On voit comment ça entraîne tout un lot de difficultés et de problèmes entre les humains.
Jésus est venu, il y a deux mille ans. Il est venu pour instaurer un monde nouveau, il est venu pour apporter le salut, pas seulement le salut à la fin de notre vie ou à la fin des temps, mais le salut ici et maintenant sur notre terre. Son salut, il le voulait pour notre monde, pour nos pays, nos provinces, nos villages, nos groupes, nos paroisses et nos communautés.
C’est pourquoi, au nom de toute son autorité de Fils de Dieu, il promulgue une loi nouvelle. À la surenchère de la haine, il nous invite à répondre par la surenchère de l’amour, aux exigences exagérées de services, il nous invite à répondre par la disponibilité, aux demandes agressives, il nous suggère de répondre par des gestes de patience et d’apaisement.
Autrement dit, Jésus compte sur nous pour coopérer avec lui au salut du monde. Il ne nous demande pas de faire des miracles, mais de poser des gestes concrets. Il nous invite à réparer les torts, à pardonner à nos ennemis, à aider les démunis, à secourir ceux qui souffrent, à nous faire serviteurs des plus petits, à donner un simple verre d’eau fraîche. Il va même jusqu’à dire que c’est en agissant ainsi que les hommes vont nous reconnaître pour ses disciples.
« À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jean 13,35)
Le pape François ne cesse de nous rappeler comment c’est important pour notre monde de passer d’un esprit de vengeance à la promotion d’une attitude de cette compassion. Il invite notre monde à déposer le fardeau de la vengeance comme on dépose un vieux vêtement pour revêtir un habit tout neuf.
Si la loi de l’œil pour œil, dent pour dent, a eu des répercussions incroyables sur le monde ancien quand elle a été promulguée, celle du pardon élève l’humanité et nos vies à des sommets inégalés. La langue de la réconciliation sera toujours une langue nouvelle ; elle sera la langue de l’Esprit de la Pentecôte ; elle sera la langue qui évangélise l’Église et qui permet à l’Église d’évangéliser. Lorsque nous sommes ouverts à l’Esprit du Seigneur, nous pouvons comprendre la nouvelle loi que le Seigneur nous dicte.[1] Jésus est venu changer nos cœurs fermés pour refonder l’humanité sur une loi nouvelle, sur les attitudes réconciliatrices plutôt que guerrières.
Cette page d’évangile ne cesse d’appeler une force incalculable de renouveau entre nous. Elle réclame une force que seul le Christ peut nous donner, la force d’une espérance qui ne peut être vécue que par amour, par un amour un peu fou voué à Celui qui est à la source de tout amour et qui se donne à nouveau à nous, ce matin.
[1] Pape François, homélie du 10 juin 2013
