Homélie Mgr J-C. Dufour -30 Mai 2018 – Marc 10, 32-45

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 30 Mai 2018

( Marc 10, 13-16 )

 

Ça commence mal ! Jésus est venu pour bâtir un Royaume composé d’hommes et de femmes, le Royaume de Dieu. Il annonçait une Terre nouvelle, celle que nous désirons, que nous souhaitons, mais, à lire l’évangile de ce matin, c’est à se demander si on ne rêve pas en couleur.

 

Pour commencer à bâtir son royaume, Jésus s’est d’abord entouré d’hommes qu’il considère non comme des serviteurs, mais comme des amis. Il les a envoyés en mission, deux par deux, sur la route devant lui. Ces hommes avaient été fascinés par lui, par sa parole, par sa manière de parler aux scribes, par ses miracles, la multiplication des pains, sa marche sur les eaux. Ces hommes qui étaient amis de Jésus voulaient de tout cœur habiter enfin un royaume de justice et de paix.

 

Mais il y a de gros nuages à l’horizon. Jacques et Jean veulent avoir les meilleures places dans ce royaume, être à la gauche et à la droite de Jésus, les meilleures places. Et voilà que ça entraîne une chicane. « Les dix autres qui avaient entendu se mirent à s’indigner », probablement parce qu’ils y avaient pensé eux aussi.

 

La première chose que je me dis en lisant cet évangile, c’est que les évangélistes n’ont pas joué à la cachette avec nous. Saint Marc nous raconte que déjà, parmi les apôtres, parmi les premiers missionnaires choisis par Jésus, il y avait un royaume d’affrontement et de rivalité. On ne se comptera pas de peurs, ça existe toujours. Des luttes de clocher, la recherche des honneurs, c’est toujours là. Ça peut être très subtil. J’ai vu que parfois on commençait à rendre des services, mais au fil du temps, ça devient un droit. On peut en imposer aux autres. Il faut avoir le courage de se demander s’il n’y a pas des astuces en nous qui vont dans le même sens.

 

Comme d’habitude, Jésus ne répond pas directement à la question qui divise les apôtres. Mais il leur dit que, s’ils veulent prendre le chemin de la gloire, ils devront s’identifier à son passage pascal, partager son destin, boire à la coupe qu’il va boire, recevoir le baptême dans lequel il va être plongé.

 

La réponse des deux disciples est tellement rapide qu’on peut se demander s’ils ont bien compris la portée des conditions posées par Jésus pour le suivre. En partageant la vie de Jésus, ils devront écarter de leur cœur toute volonté de puissance et de domination et même le sentiment de mériter un traitement spécial. S’ils veulent vraiment être proches de Jésus dans son Royaume, ils devront se mettre en tenue de service et ainsi devenir disponibles à leurs frères et leurs sœurs.

 

La première lecture rejoignait bien l’évangile. Saint Pierre nous dit ce que ça veut dire suivre Jésus, vivre notre vie comme Jésus : prendre la mesure de nos limites puisque toute chair est comme l’herbe, accueillir chaque jour sa parole vivante, sa parole qui demeure, aimer sans feinte, sans calculs, sans rêve de puissance, aimer avec ardeur, aimer d’un cœur libéré et d’un cœur qui est dans le cœur de Dieu.

 

Je termine avec une petite prière pour obtenir l’humilité composée par sainte Thérèse de l’enfant-Jésus :

« Je Vous supplie, mon divin Jésus,
de m’envoyer une humiliation,
chaque fois que j’essaierai de m’élever au-dessus des autres
. »

 Ainsi elle rejoignait Jésus qui, nous rappelle saint Paul :

« ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. » (Phil 2,6-7)