30-mars-2018 Vendredi Saint

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 30 Mars 2018 – Vendredi Saint

( Jean 18, 1-19,42 )

 

Quand j’étais au grand-séminaire, on participait aux célébrations de la semaine sainte à la cathédrale. Ce Vendredi saint là, j’avais été désigné pour être acolyte. Un des rôles qu’on avait, c’était de nous tenir chaque côté des lecteurs pendant la proclamation de l’évangile de la Passion et face à l’assemblée. Dans le premier banc, juste en avant de nous, il y avait un monsieur dont le visage se défigurait de plus en plus au fur et à mesure de la lecture. Ce n’était pas très rassurant. Deux personnes étaient intervenues pour l’accompagner gentiment à l’extérieur de l’église.

 

Ce n’est pas le genre de lecture que saint Jean nous propose de faire cet après-midi.

 

En lisant attentivement son évangile, on se rend compte qu’il ne présente pas la passion de Jésus comme un parcours vers un immense échec symbolisé par une mort ignoble sur une croix, mais plutôt comme une marche triomphale. On voit que Jésus sait où il va et qu’il s’y rend librement. Bien loin d’être écrasé, paralysé, anéanti par les événements, il les affronte avec sérénité. Non seulement il demeure maître de lui-même, mais il maîtrise ce qui lui arrive. Il sait que tout cela se produit afin qu’il puisse accomplir la mission que le Père lui a confiée : apporter au monde le salut en aimant jusqu’au bout.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean 15,13)

 

Je vous donne trois exemples.
Quand au nom des grands prêtres et des pharisiens, un détachement de soldats se présente, c’est Jésus qui prend les devants et qui pose la question :
« Qui cherchez-vous? »
Ils répondent « Jésus le Nazaréen »
Sans hésitation, sans crainte, Jésus leur dit :
« C’est moi, je le suis »
Et une deuxième fois, il leur dit :
« Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis »
En utilisant ces mots « Je le suis », Jésus nous renvoie à la réponse que Dieu avait donnée à Moïse qui lui demandait son nom. Dieu lui avait répondu « Je suis qui je suis » (Exode 3,14). Ainsi Jésus révèle son identité profonde. Cet homme qu’ils viennent arrêter et qui sera condamné à mourir sur une croix est de nature divine.

 

Je vous donne un autre exemple.
Quand Pierre brandit son épée pour se porter à la défense de Jésus, il est vite stoppé :
« Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire? »
Jésus rejette toute intervention violente. Il veut accomplir la volonté de son Père en faisant de ses souffrances et de sa mort, le signe du plus grand amour. Tout cela est accompli pour que se réalisent les annonces d’un messie souffrant, sauveur du peuple que le prophète Isaïe a si bien décrit dans la première lecture :
« Sans apparence ni beauté qui attire nos regards… Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance… compté pour rien »
Tout cela vécu sans révolte, librement accepté par amour. Jamais homme n’aura aimé comme Jésus mis en croix.

 

Un troisième exemple!
Pilate avait demandé à Jésus :
« Es-tu le roi des Juifs? »
En répondant « Ma royauté n’est pas de ce monde »
En donnant cette réponse à Pilate, Jésus se reconnaît comme un roi, un roi différent de ceux de ce monde, mais un roi. L’écriteau accroché à sa croix en témoigne. On pouvait y lire :
« Jésus le Nazaréen, roi des Juifs »
Le texte était rédigé en trois langues, hébreu, latin et grec – pour être certains que tous ceux qui étaient à Jérusalem ce jour-là puissent bien comprendre. Nous reconnaissons le Crucifié comme notre Roi, un Roi ressuscité par son Père, le matin de Pâques, Roi du ciel et de la terre.

 

Que de choses il y aurait encore à relever dans le récit de la passion de saint Jean pour montrer que la marche de Jésus vers la croix a été une marche triomphale. À chacun et chacune de nous de le découvrir encore plus en relisant lentement ce récit qui rappelle à quel point nous avons été aimés et le sommes encore.