18-mars-2018

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

 HOMÉLIE : 18 Mars 2018

5e SEMAINE DU  CARÊME – SEMAINE DE LA PASSION – « B  ( Jean 12, 20-33 )

 Liturgie des Heures semaine : I

 

Jésus a vraiment le don de partir de réalités très concrètes pour nous livrer son message. Le grain de blé qui tombe en terre, ce n’est pas un secret. Dans les grains de blé, il y a tout ce qu’il faut pour nourrir les humains : des sucres pour l’énergie, des vitamines et des sels minéraux. Mais j’ai appris au fil du temps que l’industrie est en mesure de fabriquer plus de 400 produits avec du blé : des produits alimentaires, mais aussi des produits industriels, des produits d’entretien, des produits cosmétiques et pharmaceutiques, des produits de chauffage. Un grain de blé, c’est une vraie petite capsule d’énergie.

 

Jésus vient de nous dire que le grain de blé meurt porte beaucoup de fruits. Il parle de lui bien sûr, mais cette petite parabole du grain de blé qui meurt vient nous rejoindre dans notre propre expérience de vie. On découvre rapidement dans la vie qu’on ne peut pas réussir notre vie en restant tout seul, en se repliant sur nous-mêmes, et que si nous voulons vivre avec les autres, il faut nécessairement mourir à soi-même. On réalise que ce n’est pas facile d’unir toujours nos points de vue, de partager les mêmes orientations afin de marcher ensemble dans la même direction! Ça suppose bien des renoncements. C’est une réalité qu’on vit en famille. Tous les parents, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui savent qu’ils doivent souvent mourir à eux-mêmes pour traduire leur amour à leur conjoint et leurs enfants.

 

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Vous avez bien compris qu’en utilisant cette image, Jésus nous parlait de lui.

  • C’est bien lui, le grain de blé semé par le Père sur la terre des hommes.
  • C’est bien lui, le grain de blé appelé à germer, à pousser, à s’épanouir dans nos cœurs pour fleurir en amour à la manière de Jésus.
  • C’est bien lui, le grain de blé qui meurt sur la croix, portant beaucoup de fruits pour le salut du monde.
  • C’est lui, le grain de blé qui surgira de terre le matin de Pâques afin d’être une source de vie pour toute l’humanité.
  • C’est bien, le grain de blé qu’on peut voir dans toutes ces vies fécondes, ces vies animées par un amour qui fait jaillir la vie.

 

« Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive »
vient de nous dire Jésus. Dieu a semé son Fils unique sur la terre des hommes pour que nous devenions ses disciples et ses complices. Il veut que nous devenions comme lui, pour que sa pensée devienne la nôtre, pour que sa Parole devienne la nôtre, pour que ses gestes deviennent les nôtres, pour que nos vies soient porteuses de son projet d’amour, toujours en cherchant à construire un monde nouveau partout où nous sommes.

 

« S’il meurt, il porte beaucoup de fruits. »
Je vous disais tantôt que l’industrie réussit à fabriquer plus de 400 produits à partir des grains de blé. On peut y voir une belle image des fruits produits par Celui qui, comme le grain de blé, meurt sur une croix pour revivre en nous. Si on peut chiffrer les produits fabriqués par l’industrie, impossible de chiffrer les fruits produits le Christ, ce grain de blé tombé sur la terre des hommes.

 

« Il porte beaucoup de fruits »
À la fin de l’évangile, Jésus explicite un peu plus ce qu’il signifie par ces mots en nous disant :
« Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Jésus nous révèle ainsi les grands fruits produits par son amour qui est allé jusqu’à la croix. Le premier fruit, c’est sa victoire sur le prince de ce monde, c’est-à-dire le mal, et le second, c’est le salut de l’humanité en attirant à lui tous les hommes.

 

Tantôt, nous allons nous approcher pour la communion, pour recevoir un tout petit morceau de pain, un pain qui est fait de grains de blé qui ont dû mourir pour être transformés ainsi. Ce pain est le Corps du Christ, le Corps de celui qui a dû mourir pour porter du fruit, le corps de celui qui a sauvé ses frères et ses sœurs en les aimant jusqu’au point de leur donner sa propre vie.

Ce dimanche nous prépare à la semaine sainte déjà toute proche. Déjà l’Eucharistie nous permet d’entrevoir que les derniers jours de Jésus sont bien loin d’une défaite totale, et bien plus le récit de la plus grande victoire qu’ait connue l’humanité. Alors, suivons Jésus comme des passionnés qui s’accrochent à la chance de leur vie, comme des assoiffés qui ont trouvé la source qui désaltère.