Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 09 Mars 2018
( Marc 12, 28-34 )
Si on vous posait la même question que le scribe pose à Jésus dans l’évangile, donneriez-vous la même réponse que Jésus lui fait? J’ai souvent remarqué que, quand on parle du grand commandement, on répond par l’amour de Dieu et du prochain, mais on oublie presque toujours ce qui est premier dans la réponse que Jésus donne au scribe :
« Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. »
C’est ce qui est premier, écouter, tendre l’oreille de notre cœur, recevoir avec bienveillance sa Parole qui vient nous dire qu’il n’y a pas d’autres seigneurs que lui et que ceux qui prétendent le contraire sont des voleurs et des brigands.
Malheureusement on est sourd, on refuse d’écouter parce qu’on devine que ce qui va suivre sera bien loin d’être facile :
« aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toute sa force; aimer son prochain comme soi-même »
Ce n’est pas évident. On porte ce rêve en nous, mais comme le dit le prophète Osée :
« nous nous effondrons par suite de nos fautes. » (Osée 14,2)
Nous sommes un peu dans la même situation que le jeune homme de l’évangile qui était venu voir Jésus. Il avait rencontré Jésus, il y avait quelque chose d’indéfinissable qui s’était réveillé en lui, le rêve d’un monde meilleur, d’une belle fraternité, mais il s’éloigne tout triste, le cœur blessé devant l’exigence de Jésus.
Ça peut être bien décevant d’en prendre conscience, mais ce désir d’aimer qui brûle dans nos cœurs et qui vacille au moindre petit courant d’air est déjà l’œuvre de la grâce qui nous invite à nous convertir. Ce désir qui nous habite, il est bien important de ne pas l’éteindre, mais de l’entretenir en revenant toujours à l’essentiel comme nous y invite constamment la Parole de Dieu, surtout en ce temps de carême.
« Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. »
Il y a toujours d’autres voix qui nous sollicitent, qui font miroiter toute sorte de bonheurs, qui prennent mil et un moyens pour nous influencer, toujours dans le même but, celui de nous éloigner du Christ. C’est pour ça qu’il faut revenir constamment à la Parole du Christ et l’accueillir dans la foi. Comme dit le prophète Osée, il faut
« revenir nous asseoir à son ombre » (Osée 14,8),
laisser le Très-Haut nous déclarer son amour, nous laisser séduire par ses promesses, celle de nous guérir de nos infidélités.
« C’est moi qui te donne ton fruit »,
nous disait le Seigneur dans la première lecture. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on peut aimer Dieu
« de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force »
Laissons au Seigneur le temps de nous guérir, de nous apprivoiser, de nous combler pour que, triomphant de toutes nos résistances, nous osions répondre à son amour comme il le veut.
J’essaie d’imaginer comment les confrères du scribe ont réagi quand il a donné son accord à un programme de vie basé résolument sur l’amour. Ceux qui s’opposent à Jésus sont pris de court. Ils n’osent plus questionner Jésus puisqu’un des leurs est d’accord avec Jésus.
Le commandement d’aimer nous parvient maintenant par la voix de Jésus qui s’est livré pour nous, qui nous montre jusqu’où va pour nous l’amour du Dieu unique. À chaque eucharistie, le Ressuscité nous réunit et vient nous dire à chacun et à chacune :
« Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. » (Deutéronome 6,6)
Comme le scribe, disons à Jésus que nous sommes d’accord avec un programme de vie basé sur l’amour.
