Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 28 Février 2018
( Matthieu 20, 17-28 )
Quelle montagne de différence entre l’annonce que Jésus vient de faire et la demande de deux disciples qui passent par leur mère pour la faire!
Jésus monte à Jérusalem, il le sait, pour la dernière fois. On l’a surveillé longuement, on lui a reproché de ne pas être fidèle à la Loi, on a cherché à l’arrêter à plusieurs reprises. La tension est à son comble entre lui et les autorités religieuses de son temps. Mais les disciples ne comprennent pas encore ce qui se passe vraiment. Pour eux, Jésus arrive à l’heure du combat pour obtenir le pouvoir. Pour eux, la montée de Jésus à Jérusalem, c’est le combat du Roi qui s’en va vers la victoire finale. Ils s’imaginent que Jésus va enfin manifester son autorité d’une manière éclatante. Les deux frères, Jacques et Jean, veulent être associés étroitement à l’autorité de Jésus.
Quel décalage entre Jésus et ses deux disciples! Il vient tout juste de leur annoncer ce qui va lui arriver à Jérusalem. Il sera arrêté, condamné, livré aux nations païennes, on va se moquer de lui, le flageller, le crucifier. Mais les disciples sont toujours au niveau de leur ambition; ils veulent toujours réussir, avoir une belle carrière; ils convoitent les premières places, rien de moins. Il ne faut pas penser que c’est vrai seulement pour Jacques et Jean, l’indignation des autres est très révélatrice de leurs ambitions.
Pour Jésus, il y avait de quoi se mettre en colère, et pourtant, il ne se fâche pas et demeure très calme. Il ne reproche pas aux disciples de ne pas avoir écouté son annonce; il s’adresse à eux à partir de leur demande :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez. »
Alors Jésus, avec doigté, va élever le débat, élever leurs pensées et réorienter leur désir.
Jésus leur apprend et nous apprend qu’aimer c’est passer de la domination au service :
« celui qui veut devenir grand sera votre serviteur, celui qui veut être le premier sera votre esclave. »
Cet enseignement, il va le traduire dans le geste du lavement des pieds lors de son dernier repas avec ses disciples.
En ce temps de Carême, nous pouvons sûrement nous interroger, nous demander quelle est la meilleure manière de servir là où je suis, sans oublier que le meilleur moyen de servir, c’est de nous attacher à la personne de Jésus. Lui seul sait vraiment ce qui servir signifie.
La mère de Jacques et de Jean fait appel à l’autorité de Jésus :
« Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ton Royaume. »
Elle veut que ses deux fils soient associés à l’autorité de Jésus. Mais Jésus a toujours refusé de se manifester comme un autoritaire, comme quelqu’un qui imposait ses volontés. Il se présente comme un suppliant qui veut être reconnu, comme quelqu’un qui mendie, qui quête notre reconnaissance, comme quelqu’un qui nous supplie, jusque sur la croix, de le reconnaître comme le Fils de Dieu, comme l’envoyé du Père pour notre salut.
