Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 26 Février 2018
( Luc 6, 36-38 )
« Je fis au Seigneur mon Dieu cette prière et cette confession »,
nous dit le prophète Daniel. Mais, après avoir reconnu les péchés de son peuple, dans un beau cri de foi, il s’écrie
« Au Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon. »
Il me semble que Jésus, dans l’évangile, poursuit ce cri du prophète Daniel en y ajoutant une autre couleur, et pas n’importe laquelle couleur quand il dit à ses disciples :
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »
Il y a deux mots dans le mot « miséricorde », les mots « misère » et « cœur ». Jésus vient nous dire :
« Ayez du cœur comme votre Père a du cœur devant la misère que vous voyez autour de vous! »
Être miséricordieux, c’est avoir un cœur capable de se faire proche, un cœur capable de communier à la misère des gens qu’on rencontre, au point même de prendre leur misère sur notre dos, comme Jésus l’a fait. Parfois je me dis que la plus grande misère qui existe, c’est justement de ne pas avoir de cœur, ce qui fait qu’on se coupe des autres et de Dieu. Quand on manque de cœur, la miséricorde prend les couleurs du pardon, un pardon qui traverse toute notre célébration, ce matin.
« Soyez miséricordieux comme votre Père ». « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Ces impératifs viennent d’abord nous révéler que notre Dieu est lui-même, d’abord et avant tout, un cœur brûlant d’amour. Ces derniers temps, vous l’avez probablement remarqué, les évangiles ont souligné fortement la compassion de Jésus devant la misère des gens qu’il rencontrait. Laissons-nous envahir par l’Esprit de charité qui habitait le cœur de Jésus! Il éveillera en nous une capacité d’aimer comme celle de notre Père.
Devant des impératifs aussi forts, nous pensons spontanément à ceux et celles qui ont été des géants de la charité, des hommes et des femmes qui nous ont permis de voir ce que l’Esprit de charité peut faire au cœur de notre monde. Mais il ne faut pas nous imaginer pour autant que leur manière d’aimer est réservée à une élite, à des privilégiés de Dieu.
Mais Jésus ne s’adresse pas à une élite dans l’évangile. Il nous demande à tous d’avoir du cœur, chaque jour, en nous suggérant des paroles et des gestes accessibles à tout le monde :
« Ne jugez pas… ne condamnez pas… pardonnez… donnez. »
On est tous capables de faire ça! Et quand nous le faisons, nous manifestons que nous avons du cœur comme notre Père parce que lui non plus ne juge pas, ne condamne pas, mais pardonne, et donne,
« une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de notre vêtement ».
En ce temps de Carême, Jésus nous remet devant un choix qui se présente devant nous : celui d’appartenir à un monde où règne la spirale de la violence, des jugements et des condamnations ou bien de faire nôtres les comportements de notre Père qui ne se lasse pas d’être compatissant et miséricordieux.
Pendant notre célébration, nous pouvons faire la même prière que le prophète Daniel. Comme lui, nous pouvons crier notre foi :
« Au Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon »
tout en reconnaissant nos fautes et nos faiblesses. Et puisqu’il en est ainsi, nous pouvons faire nôtre la prière du psalmiste :
« Délivre-nous, efface nos fautes, … que nous vienne ta tendresse, car nous sommes à bout de force… »
« Aide-nous, Dieu notre Sauveur… pour la gloire de ton nom ».
