24-février-2018

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 24 Février 2018

( Matthieu 5, 43-48 )

 

« Eh bien! moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent »
Parole bouleversante, mais quelle extraordinaire parole d’espérance. Il y a déjà bien des années, j’ai vécu un événement qui m’a permis de le découvrir un peu mieux.

 

J’ai toujours demandé aux fiancés qui se préparaient au mariage de choisir les lectures qu’ils désiraient pour la célébration. Une fois qu’ils avaient fait leur choix, on se revoyait et je les invitais bien simplement à me partager les raisons de leur choix.  Un soir, je rencontrais un couple : le fiancé était un indien du lac St Jean et la fiancée, une de mes paroissiennes. Quand je leur ai demandé de me dire quelles lectures ils avaient choisies, c’est lui qui a pris la parole pour me dire : « nous avons choisi l’évangile où Jésus nous demande d’aimer nos ennemis. Je n’en revenais pas!
« Ta blonde, c’est toujours ben pas ton ennemi! »
Alors, il a poursuivi en me disant :

 

« Moi, je suis un indien.  Il n’y a jamais personne qui m’a dit qu’il me haïssait. C’est vrai! Mais depuis que je suis tout petit, on m’a toujours fait sentir que je n’étais pas comme les autres, que j’étais différent, mis à part.  Je sentais qu’il y avait des murs, des frontières entre moi, indien et les autres, les blancs. Et puis quand j’entends une phrase comme celle-là, moi, ça me réjouit beaucoup, ça me donne de l’espoir, parce que je me dis que si les gens écoutaient cette parole de Jésus, il y a bien des frontières qui tomberaient et des murs qui disparaîtraient. »

 

Et puis, il continuait en me disant :
« C’est vrai pour mon mariage aussi! Tu sais, Jean-Charles, ma blonde, Agathe n’est pas parfaite. Elle a des défauts, c’est normal, mais des fois ça m’agace! Sous cet aspect-là, je pense que parfois elle est mon ennemie. Et puis devant ça, moi j’ai deux choix! Le premier ce serait de me dire : je vais la mettre à ma main, je vais tout faire pour qu’elle se corrige de ses défauts; le deuxième choix que j’ai, c’est de m’engager à l’aimer comme elle est, avec toutes ses qualités et ses défauts aussi. C’est ça que ça me dit moi : « Aimez vos ennemis! » »

 

C’était la 1e fois de ma vie que j’entendais une explication aussi simple, aussi concrète et vraie de cette phrase de Jésus.

 

Je pense que la seule façon d’obéir à cette consigne, c’est de devenir des fils à la manière de Jésus. Jésus nous le dit :
«afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux. » Il nous disait aussi : « Vous soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Notre Père est parfait dans sa manière d’aimer;  sa tendresse est gratuite et sans frontières. Dans son cœur, il n’y a pas de frontières entre les bons et les méchants. Tous ont le privilège d’être aimés comme des fils et des filles. 

 

Même si nous n’avons pas d’ennemis acharnés, la grande affaire pour nous, c’est de vivre comme les fils et les filles d’un tel Père, de garder un peu de soleil pour ceux et celles que nous côtoyons, un peu de pluie pour leur jardin et leurs semailles. 

 

Au moment de célébrer l’Eucharistie, accueillons Dieu dans notre cœur, Celui qui n’a jamais cessé de nous aimer alors même que nous étions ses ennemis.