04-février-2018

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 4 Février  2018

5e SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE « B » (Marc 1, 29-39)

Liturgie des Heures semaine : I

 

L’évangile commence avec une histoire de belle-mère, mais pas comme les histoires de belle-mère qu’on connaît. Essayons d’abord de nous mettre dans la peau de la belle-mère de Simon. Elle vient tout juste d’apprendre que son gendre a abandonné sa barque et ses filets sur le bord du lac et qu’il s’est mis à suivre un prédicateur inconnu. Sans doute qu’il n’allait pas rentrer souvent à la maison. Elle n’était pas sans se demander ce qui arriverait à sa fille. On peut comprendre son inquiétude, qu’elle soit en état de choc. C’était déjà assez pour la rendre malade, au lit avec de la fièvre.

 

Et puis, Jésus, avec Jacques et Jean, se rend à la maison de Simon. On lui parle de la malade. Sans dire un mot, il s’approche d’elle, la prend par la main et la fait se lever. Du coup, sa tempête intérieure s’est apaisée! Conquise par le jeune prophète, elle se lève, se précipite à la cuisine pour leur servir à boire et à manger, prête à vider son garde-manger pour ses visiteurs. L’Évangile ne dit pas tout ça, bien sûr, mais je trouve que c’est une explication qui est bien possible! Ce qu’il faut voir surtout, c’est que, guérie, la belle-mère de Simon peut se mettre en état de service.

 

C’est ce qu’on voit en Jésus. Il se met en état de service au moment où il commence sa mission : il vient de prêcher dans la synagogue de Capharnaüm, il proclame la Bonne Nouvelle en disant que le Royaume de Dieu est tout proche, il guérit les malades, et après avoir prié, il annonce à ses disciples qu’il veut aller proclamer l’évangile dans les villages voisins. Dans la 2e lecture, Paul, épris de la même passion que Jésus, déclare avoir reçu sa mission du Seigneur ressuscité. « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile. » Nous avons la même mission : proclamer l’évangile en paroles et en gestes.

 

Dans la première lecture, Job nous criait toute sa souffrance :
« La vie de l’homme est une corvée…, des journées de manœuvres…, je n’y gagne que du néant…, je ne compte que des nuits de souffrance.
 »
Et Jésus nous est présenté comme quelqu’un qui vient répondre aux problèmes de Job. Il guérit les malades, il délivre du mal. Saint Marc va jusqu’à dire qu’on amenait à Jésus
« tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte ».
C’est notre mission à nous aussi, de guérir ceux et celles qui sont blessés dans leur cœur, soulager ceux et celles qui souffrent.

 

Job, Paul et Jésus étaient des hommes de prière; ils aimaient se rassembler pour prier avec d’autres personnes dans la synagogue, mais ils savaient aussi prier dans l’intimité. Job s’écrie :
« Souviens-toi, Seigneur, ma vie n’est qu’un souffle ».
Marc nous dit que Jésus se leva le lendemain, bien avant l’aube, qu’il sortit et alla dans un endroit désert pour prier. Ça aussi, ça fait partie de notre mission : prier avec la communauté comme nous le faisons en ce moment et prier seul aussi dans l’intimité de notre cœur, toujours en ouvrant la porte de notre prière pour que personne ne soit oublié.

 

 Des fois, je me dis que notre Église ressemble à la belle-mère de Simon.

Elle vit toutes sortes d’insécurités, de situations difficiles pour les responsables de communautés, pour les chrétiens et les chrétiennes. Devant les réalités de notre monde et la grandeur de notre mission, elle est fiévreuse comme la belle-mère de Simon. Comme dans l’évangile, on peut en parler à Jésus. Je crois beaucoup qu’il s’approche de nous dans le travail que nous voulons entreprendre. Je crois que, sans dire un mot, il nous prend par la main pour nous mettre debout, pour nous donner le goût de servir avec entrain comme la belle-mère de Simon. Saint Paul nous disait tantôt
« Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. »
Il faut remarquer que ce n’est pas par le côté réussi de nous-mêmes que le Seigneur vient nous chercher, pas dans ce qui fait notre force, mais toujours dans la partie la plus faible de nous-mêmes.

 

On voit en Jésus que Dieu n’abandonne pas les humains à leur sort. Il revient toujours, mais à travers nous, pour que les humains ne soient pas abandonnés. Il revient toujours, mais à travers nous, pour relancer les hommes et les femmes de notre temps dans la foi et l’espérance d’un avenir meilleur.