Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 Janvier 2018
( Marc 3, 1-6 )
Hier, à partir des Écritures, Jésus avait répondu aux pharisiens que ses disciples n’avaient pas mal agi en arrachant des épis pour manger le jour du sabbat parce que le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. En conclusion, il affirmait « Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat »
On a du mal à réaliser comment ces paroles de Jésus pouvaient remuer, étonner et même scandaliser les gens de son temps. En se déclarant Maître du sabbat, Jésus se faisait l’égal de Dieu ce qui paraissait blasphématoire pour les pharisiens à moins que Jésus donne des preuves de sa mission, de son pouvoir divin.
Et Jésus prend l’initiative de leur donner la preuve qu’ils exigent. Il appelle l’homme qui a la main atrophiée
« Lève-toi, viens au milieu ».
C’est Jésus qui prend l’initiative, le pauvre homme n’a rien demandé. Mais comme toujours dans l’évangile, Jésus en faisant des miracles fait appel à la foi de tous ces gens qui sont dans la synagogue. En guérissant l’homme, il veut donner une double catéchèse, sur le sabbat et sur sa propre personne.
« Est-il permis, le jour du sabbat, de sauver une vie ou de tuer? Mais eux se taisaient ».
C’est toute une question! Pendant cinq siècles, la loi du sabbat a été observée d’une manière extrêmement rigoureuse. C’est tellement vrai que, deux siècles avant Jésus, dans le temps des Martyrs d’Israël, mille personnes moururent le jour du sabbat parce que c’était défendu de se défendre ce jour-là. (1 Martyr 2,34-38) Par la suite les chefs religieux ont commencé à comprendre qu’il valait mieux résister et défendre la vie même un jour de sabbat. Plus tard, dans le temps de Jésus, les théologiens ont compris que Dieu lui-même n’arrêtait pas de travailler le jour du sabbat, sinon tout cesserait d’exister, les hommes cesseraient de naître.
Alors on comprend ce que Jésus veut leur dire. Vous admettez que Dieu fasse œuvre de vie le jour de sabbat, et vous me reprocher de sauver une vie le jour du sabbat. Quand j’agis pour la vie, reconnaissez que je fais l’œuvre même de Dieu, que je fais œuvre de vie comme lui,
« je suis maître du sabbat. »
La main atrophiée qui se remet à vivre est, aux yeux de Jésus, la preuve de ce qu’il est, de son pouvoir divin. Tout comme Dieu, son Père, Jésus a le pouvoir de faire vivre et revivre.
Mais ses adversaires, aveuglés, n’arrivent pas à reconnaître Jésus. Pour eux, le miracle est même une raison de plus de le faire mourir.
« Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode, contre Jésus, pour voir comment le faire périr »,
comment le faire mourir.
À toutes les époques, c’est la même grande tentation de l’incroyance; on retourne contre Dieu ses plus belles preuves d’amour.
Nous, nous avons trouvé en Jésus, notre Sauveur, le sens de notre vie, le sens de notre présence sur la terre, et le sens de tous nos dévouements. Ce matin, dans la foi, approchons-nous de Jésus pour lui demander de guérir les atrophies, les faiblesses de nos intelligences et de nos cœurs. Approchons-nous de Celui qui est le maître du sabbat qui veut toujours nous donner la vie, sa vie.
