Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 Décembre 2017
( Matthieu 17, 10-13 )
Quand ils célèbrent le repas pascal, les Juifs, encore aujourd’hui, laissent toujours une place vide à table au cas où le prophète Élie reviendrait à ce moment-là. Lors de la transfiguration, les apôtres avaient eu Moïse et Élie s’entretenir avec Jésus. En descendant de la montagne ce jour-là, ils demandent à Jésus
« Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord »,
c’est-à-dire avant la venue du Messie. Jésus leur répond qu’Élie est déjà venu et finalement « les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste. »
On peut se demander ce qu’il y a de commun entre ces deux prophètes prestigieux, Élie et Jean le Baptiste.
La première lecture nous disait que la parole du prophète Élie brûlait comme une torche, qu’à trois reprises, il fit descendre le feu du ciel. Le prophète Élie, bouillant et terrifiant, voulait détruire tous ceux qui s’opposaient à Dieu. « Comme tu étais redoutable, Élie, dans tes prodiges! » nous laisse entendre Ben Sira le Sage. Mais, à un moment donné, au sortir d’une grotte, Élie vit une transformation profonde. Il voit sa mission prendre forme autrement, non plus dans les tremblements de terre ou les ouragans, mais dans une brise légère. C’est tout un nouveau langage s’offrait à lui, le langage de la discrétion, de la non-violence.
Le prophète Jean le Baptiste a crié lui aussi des mots de feu.
« Engeance de vipères! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient? … Quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Convertissez-vous, changez de vie. Au milieu de vous se tient quelqu’un que nous ne connaissez pas; je ne suis pas digne de délier ses sandales. Et à un moment donné, le voilà confronté à un homme tout simple, sans réputation, qui se place au rang des pécheurs. Étonné, il voit en Lui ce Dieu qui doit venir.
Ces deux prophètes se ressemblent beaucoup. Les deux qui avaient des paroles de peur, des langages guerriers, sont déroutés devant le chemin nouveau qu’ils perçoivent. Les deux ont changé de route. Jean-Baptiste autant que le prophète Élie voyaient venir la colère de Dieu, la vengeance de Dieu. Jésus lui, ce qui est déroutant pour Jean-Baptiste, tient un tout autre langage. Zachée, la Samaritaine, la femme adultère, et tant d’autres en ont fait l’expérience.
Les deux prophètes ont découvert un nouveau langage pour montrer Dieu, non pas un langage accusateur, mais un langage de compassion comme celui du pape François. Montrer Jésus passe par un langage qui réchauffe les cœurs, qui réveille l’espérance et attire vers le bien. Élie, Jean-Baptiste, Marie ont vu le salut. Et ici, dans la chapelle présentement, il y a des hommes et des femmes, des religieuses et des laïcs, des célibataires et des gens mariés qui voient en Jésus, comme les premiers témoins, l’espérance d’un chemin nouveau, d’un chemin pour construire une terre de paix. Rendons grâce au Seigneur.
