Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 31 mars 2025 – Jean 4, 43-54
L’Évangile nous fait part du chemin de foi d’un fonctionnaire royal, un fonctionnaire du roi Hérode sans doute, qui venait de Capharnaüm situé à une trentaine de kilomètres de Cana. Le pauvre homme avait dû parcourir une longue route, reconnue comme très difficile. Il avait eu le courage de laisser son fils mourant à Capharnaüm, près du lac, parce qu’on lui avait dit que Jésus faisait des guérisons étonnantes.
De fait, la première demande qu’il fait à Jésus, c’est de descendre à Capharnaüm pour guérir son fils qui se meurt. Jésus ne semble pas très intéressé. Encore un autre qui ne voit en lui qu’un guérisseur sans s’intéresser à sa personne et à son message. « Si vous ne voyez pas de signes et de prodiges, vous ne croirez donc pas ! » Mais l’homme insiste, la voix remplie d’émotion sans doute : « Seigneur, descends avant que mon enfant ne meure ! » Cette fois, c’est à un père que Jésus s’adresse et lui dit : « Va, ton fils est vivant. » J’imagine que l’homme a dû froncer les sourcils un peu, soucieux, mais puisant sa force dans le regard de tendresse du Seigneur, il « crut à la parole que Jésus lui avait dite. »
Il faut bien le remarquer, le pauvre homme n’a que la parole de Jésus et reprend la route. Il a commencé à croire sans avoir vu de signes et de prodiges encore. Un poète disait que la maturation de la foi commence par le doute. Il disait : « on me dit que le doute, c’est le Bon Dieu qui clignote. »
Pendant qu’il est en route en retournant chez lui, ses serviteurs arrivent. Eux qui ont vu la guérison de l’enfant découvrent dans leur maître un homme qui a cru avant même de voir. Et c’est parce que leur maître, probablement païen, a « cru à la parole que Jésus lui avait dite » que la grâce de Dieu a pu faire son œuvre non seulement dans son enfant, mais aussi en lui et dans les siens. Ils découvrent que la guérison de l’enfant n’est pas l’effet du hasard, mais qu’elle était due à la parole créatrice de Jésus. Le pauvre père avec tous les gens de sa maison crut en Jésus, en Celui qui fait arriver son salut dans le monde.
On pourrait bien se contenter de dire que ce pauvre père a été bien chanceux sans aller plus loin. Mais Jésus est toujours là, à nous dire une parole qui nous remet en marche. Une parole vivante dans le cœur du Père, dans la bouche du Fils qui la proclame et dans le cœur de ceux qui croient en elle.
Jean de la Croix faisait dire au Père : « je t’ai tout dit en ma Parole qui est mon Fils, je n’en ai point d’autre. Regarde-le bien, et tu entendras ce qu’il te dira. » Une autre manière pour nous d’entrer dans la maturation de notre foi comme ce fonctionnaire païen.
