Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 septembre 2023 – 22e Dimanche Ordinaire – Jérémie 20, 7-9 – Matthieu 16, 21-2
C’est fascinant d’entendre le prophète Jérémie nous dire : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi ».
Ta parole était comme un feu dévorant en moi. Ce feu dévorant, c’est la présence de Dieu en nous. C’est ce Dieu qui ne cesse pas de nous tendre la main, de nous inviter à entrer en relation avec Lui.
Qu’elle est belle notre foi chrétienne ! Elle nous révèle un Dieu qui non seulement nous a créés et s’intéresse à nous, mais un Dieu qui désire partager une grande amitié, une grande communion de cœur avec nous.
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi ».
J’imagine que ces paroles ont une résonance particulière dans votre cœur.
Comment ne pas penser à tous ces visages qui se sont laissé véritablement séduire par le Christ et qui n’ont d’autres désirs que d’annoncer cet amour autour d’eux ?
Comment ne pas admirer et rendre grâce au Seigneur pour cet amour qui lie le croyant à son Sauveur ?
Comment se laisser sans cesse séduire par le Seigneur ?
Comment vivre un amour de plus en plus profond avec celui que l’on aime ?
Il n’y a pas d’autres moyens que de passer du temps avec l’être aimé dans un inlassable cœur à cœur.
Quelle joie pour des amoureux de pouvoir lire et relire ces lettres d’amour échangées.
Quelle joie pour un chrétien de pouvoir lire et relire la Parole de Dieu contenue dans la Sainte Écriture et y découvrir tout cet amour de Dieu pour son peuple, pour chacun de nous !
Quelle joie aussi que d’essayer de faire de ma propre vie une lettre d’amour adressée au Seigneur lui-même !
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. »
Jérémie fait un retour sur sa vie, et il réalise que ses prophéties sont souvent des prophéties de malheur qui lui attirent des injures, des railleries et toute sorte de persécutions. À un moment donné, les gens vont l’enfermer dans une citerne. Il dit : « Mais ta parole était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. »
Il réalise que tout cela ne vient pas de lui, mais de Dieu.
Quand on regarde Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il a voulu séduire ses disciples dans le sens de les enjôler.
il dit que pour être disciple, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et le suivre.
Lui-même doit monter à Jérusalem, souffrir, être tué et ressusciter le 3e jour : comme le prophète Jérémie, il a été séduit, une force irrésistible l’habite : les pensées de Dieu sont en lui et son but, c’est d’accomplir la volonté du Père même s’il lui faut aller jusqu’au don de sa vie.
Dans son sens premier, séduire veut dire : « entraîner quelqu’un ailleurs », « emmener dans un autre lieu ».
C’est ce que Jésus veut; il veut nous emmener ailleurs; nous entraîner dans le monde de l’amour total : vivre l’amour jusqu’au don de la vie; vivre de cet amour qui transforme les croix en puissance de vie; vivre de cet amour qui bouleverse ce qui nous semble être le destin.
Pierre dans l’évangile a fait de vifs reproches au Seigneur, mais plus tard, il sera entraîné dans le monde de l’amour total.
En célébrant l’Eucharistie, nous faisons mémoire de la Pâques de Jésus, de la croix transformée en puissance de vie, d’un amour qui est allé jusqu’au don de la vie, d’une victoire qui nous atteint chacun et chacune d’entre nous.
Puisse cette célébration nous faire dire :
« Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. »
