Sermon : L’Abbé Alexis-Louis Mangin fondateur des Servantes de Jésus-Marie et Saint Joseph

QU’ELLE EST GRANDE LA GLOIRE DE SAINT JOSEPH!

« Gloire à vous, Jésus, Fils éternel du Dieu éternel; gloire à vous au plus haut des Cieux! Gloire au Fils de Marie, à Celui qui est né d’une Vierge immaculée et qui, pendant sa vie mortelle, a voulu être soumis à son Père adoptif, à l’humble charpentier de Nazareth!
Pour votre gloire, ô mon Jésus, je veux chanter les louanges de ce pauvre, de cet humble époux, dont vous avez bien voulu paraître le Fils, auquel vous obéissez comme un bon fils à son père.
Qu’elle est grande la gloire de saint Joseph! Choisi de Dieu, préparé par Dieu, pour être le témoin et le coopérateur des merveilles de la miséricorde divine à l’égard des hommes pécheurs!
Jamais un homme eut à remplir sur la terre une fonction plus sublime; gardien et protecteur d’une Vierge, d’une Vierge dont la sainteté, la pureté, les vertus, les privilèges dépassent tout ce que l’homme peut concevoir; ce que les Anges eux-mêmes n’auraient jamais pu imaginer. Gardien et protecteur de la Mère de Dieu. Gardien, protecteur et nourricier du Fils de Dieu. Un homme qui, par un décret de Dieu même, prend auprès du Verbe de Dieu, du Fils de Dieu, la place de Dieu le Père. Celui qui a créé le monde est soumis à Joseph; Celui qui, de toute éternité, appelle Dieu son Père, donne, dans le temps, ce doux nom à Joseph. Du travail de ses mains, Joseph fait vivre Celui dont toute créature reçoit sa nourriture.
Joseph commande à Celui auquel la mer et les vents obéissent, à Celui qui, plaçant quelques grains de sable pour bornes à l’océan, lui a dit: « Tu n’iras pas plus loin »; et l’océan vient briser ses fureurs sur ce grand banc de sable. Joseph associe à ses humbles travaux Celui qui était présent lorsque Dieu créa le monde. Les hommes ont vu, travaillant avec Joseph, assemblant comme Lui, des morceaux de bois, Celui qui, avec son Père éternel, avait assemblé les éléments du monde, réglé le cours des astres, disposé la masse des montagnes, et pour la puissance duquel tout ce travail n’était qu’un jeu.
Celui qui est la lumière du monde se laissait guider par Joseph; Celui qui est la Voie qui conduit à Dieu apprenait de Joseph à faire ses premiers pas; la Vérité se laissait enseigner par Joseph; la Vie qui demandait du pain à Joseph! Joseph portait dans ses bras Celui qui porte le monde; Joseph pressait sur son coeur Celui qui est l’Amour même; Joseph apprenait à parler au Verbe de Dieu!
Quel honneur immense pour un homme! Quel saint aurait pu avoir de pareils privilèges?
Le Dieu de toute sainteté, le Dieu qui a horreur de la moindre faute, ne devait-il pas accorder des grâces de sainteté proportionnée à de tels privilèges? Votre sainteté, ô saint Joseph, doit donc surpasser celle de tous les saints, et après la Vierge Marie, personne ne fut plus comblé que vous des dons du Saint-Esprit!

UN COUP D’OEIL SUR LA VIE DE CET HOMME JUSTE

Permettez, grand Saint, que nous jetions un coup d’œil sur votre vie, et qu’éclairés par les paroles si courtes, mais si fortes de l’Évangile, nous cherchions à comprendre vos admirables vertus afin de travailler à les imiter, dans la mesure de la grâce qu’il plaît au doux Jésus de nous donner.
VIR JUSTUS – UN HOMME JUSTE
Voilà tout l’éloge que les saints Évangiles nous font de vous. Mais ces brèves paroles viennent de l’Esprit Saint. C’est Lui-même qui proclame au monde entier votre Foi, votre Espérance, votre Charité.
JUSTUS MEUS EX FIDE VIVIT » – « MON JUSTE VIT DE LA FOI.
Celui qui est juste, selon le témoignage de l’Esprit-Saint, est donc avant tout un homme de Foi. Vous aviez foi dans les promesses de Dieu faites par la bouche des Prophètes; votre Foi était vive et ardente, elle n’admettait aucune hésitation, aucun doute. Vous attendiez, dans une ferme Espérance, le Rédempteur promis à Israël. Vous lisiez, ou vous écoutiez lire dans le temple, avec de grands sentiments de respect et d’espérance, les miséricordieuses paroles des Livres Saints, annonçant la prochaine venue du Messie et découvrant les Mystères de sa vie. Ces paroles qui, pour le plus grand nombre des auditeurs étaient obscures, devenaient lumineuses à votre esprit; car devant être vous-même témoin de ces Mystères, devant les voir se dérouler sous vos yeux, l’Esprit de Dieu vous éclairait et vous faisait comprendre… Vous attendiez ce Messie, vous l’attendiez comme le saint vieillard Siméon, comme la prophétesse Anne, mais avec une foi plus grande encore, avec un coeur encore plus dégagé des erreurs des autres Juifs.
Votre coeur était pur. Vous aviez su, par une grâce particulière de Dieu, garder la virginité, une chasteté parfaite. Celui que Dieu destinait à devenir l’Époux de la Vierge immaculée ne devait-il pas être lui-même d’une chasteté parfaite? Et une telle chasteté peut-elle exister sans fouler aux pieds les honneurs, les richesses, les plaisirs, tout ce que le monde, dans sa folie, aime et recherche? Vous l’aviez compris dès votre enfance, parce que l’Esprit de Dieu vous conduisait, et que, vous laissant guider, en tout par ce divin Esprit, vous aviez conformé votre vie à l’image du Fils de Dieu, que votre foi et votre intelligence vous faisaient découvrir à travers des pages sacrées.
Plein de douceur et de condescendance pour votre prochain, de dévouement pour son salut éternel et ses misères temporelles, cependant vous parliez peu aux hommes, votre conversation était toute dans le Ciel et, au milieu des occupations et des voyages, vous gardiez un religieux silence.
O saint Joseph, que votre Charité était grande, quel ardent amour de Dieu dévorait votre coeur si pur, avec quelles vives supplications, vous demandiez à Dieu de hâter la venue du Sauveur dont vous relisiez sans cesse l’histoire future dans les prophéties de la Loi.
Pour aimer Dieu davantage, pour être tout à Lui, pour que rien ne puisse détourner votre coeur de Lui, vous lui avez de bonne heure consacré votre virginité. Et c’est ainsi que l’Esprit de Dieu vous préparait Lui-même par cette offrande aux sublimes fonctions d’appui terrestre de la plus pure des vierges, de Père nourricier de Celui qui est la couronne des vierges.
Vous avez consacré à Dieu votre virginité et Marie, de son côté, avait fait à Dieu la même offrande. Dieu avait accepté cette double consécration et par un décret de sa miséricorde pour les hommes, Il voulut unir ces deux virginités par une union toute céleste. Il voulut rapprocher l’un de l’autre ces deux foyers intenses d’amour divin pour préparer un foyer terrestre à son Fils bien-aimé.
À l’homme vierge, Il confia les droits et les devoirs de la paternité sur Celui dont la Mère n’a point cessé d’être vierge.

PERMETTEZ, UN REGARD SUR VOTRE VIE À NAZARETH

Ô admirable et féconde union! Ô admirable et sainte Famille crée par Dieu pour le Verbe de Dieu ! Ô foyer paternel où des millions de vierges sont venues dans la suite se réchauffer des flammes de l’amour divin.
Permettez, ô saint époux, que nous pénétrions un instant dans votre chaste retraite de Nazareth, et que pour aujourd’hui, saint Joseph, en la fête de votre Patronage, pour exciter notre confiance en vous, et mériter votre protection, nous admirions plus spécialement vos vertus. Ce sera encore rendre hommage à votre incomparable Épouse, puisque vos vertus sont l’exacte reproduction des siennes.
Pour sanctifier les âmes, l’Esprit-Saint les plonge alternativement dans le feu de l’épreuve et dans le bain rafraîchissant des consolations divines. Si nous connaissions toutes les épreuves d’un saint et les consolations dont elles ont été suivies, nous connaîtrions exactement le degré de sainteté de cet ami de Dieu. C’est ainsi que le monde juge avec raison de la sainteté d’une oeuvre, par les épreuves dont elle a été traversée, et les bénédictions dont elle a été comblée. C’est donc en méditant vos douleurs et vos allégresses, ô saint Joseph, que nous nous formerons la meilleure idée de votre grande sainteté.
Après la journée laborieuse employée, mais toujours en union avec Dieu, Elle, dans les travaux du ménage, vous, dans ceux de votre état, avec quel bonheur vous vous asseyiez au frugal repas du soir. Après qu’ensemble, vous aviez remercié Dieu de ses bienfaits, Marie reprenait son fuseau, et vous, prenant le volume des Saintes Écritures, vous lisiez à haute voix, d’un ton grave et pénétré de la Parole de Dieu aux hommes, les prophéties concernant le Messie. Vous saviez tous deux mieux qu’aucun autre, que son temps était proche; mieux que personne alors, vous compreniez les oracles concernant ses souffrances, sa mort, son humilité, sa pauvreté, ses opprobres. Mais, dites-moi, grand Saint, quelle impression vous faisait, dans le silence de la nuit, en face de cette Vierge bénie, alors que le temps marqué par les prophètes était écoulé, à vous, les derniers rejetons de la race de David, ces paroles si claires du prophète Isaïe: « Écoutez, maison de David … le Seigneur vous donnera Lui-même un signe. Une vierge concevra, et elle enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel. » (Isaïe 7, 13-14).
Où était-elle donc, saint Joseph, cette vierge bénie? Dieu vous donnait-Il en ce moment l’intelligence complète de ce mystère?…
Ces jours paisibles furent de courte durée: bientôt, grand saint, un doute affreux vient traverser votre esprit. Marie avait reçu les promesses de Dieu, la vertu du Très-Haut l’avait couverte de son ombre, le Verbe s’était fait chair, et l’humilité de Marie lui faisait un devoir de cacher le secret du Roi.
Dieu ne vous l’avait-Il pas révélé à vous, l’homme juste; Il vous retirait même en ce moment les lumières habituelles de sa grâce, pour laisser votre pauvre coeur d’homme en proie aux assauts furieux de la plus torturante passion qui puisse déchirer le coeur humain. Dieu voulait éprouver son juste, voir s’il vivait vraiment de la foi. Ce fut votre foi qui vous sauva. Non, non, jamais, Joseph, vous n’avez accueilli ce doute affreux, non jamais le moindre soupçon n’altéra votre estime et votre affection pour Marie.

JOSEPH…, NE CRAINS PAS…

Mais d’où vient donc pourtant que vos souffrances ne cessent point, que la parole d’un Ange envoyé de Dieu sera seule capable d’y mettre fin? Pourquoi méditiez-vous encore d’abandonner Marie? Votre Foi a remporté la victoire, vous comprenez maintenant quelle est cette vierge qui doit enfanter sans cesser d’être vierge. C’est Marie qui a été annoncée par Isaïe. C’est donc d’Elle que doit miraculeusement naître le Sauveur du monde. Votre humilité vous plonge alors dans votre bassesse, dans votre néant. Moi, vivre dans la compagnie d’une vierge si pure et si sainte, voir de mes yeux la Mère de mon Sauveur, être le témoin des œuvres sublimes de Dieu?.. Non, je n’en suis pas digne … Ouzza tomba frappé de mort pour avoir porté légèrement la main sur l’Arche matérielle de l’Ancien Testament; que m’arriverait-il donc si, une seule fois, je manquais à la vénération due à cette Arche vivante de la nouvelle Alliance?
C’est parce que vous étiez juste, Joseph, c’est-à-dire profondément humble, que vous parliez ainsi. C’est pourquoi, l’Ange avant de vous confirmer dans la connaissance de ce mystère, commence par vous rassurer, vous ôter la crainte excessive que produisait votre humilité, et vous rappelle vos droits à être le gardien, le protecteur de la Vierge-Mère: Joseph, fils de David, ne crains pas de demeurer avec Marie, ton épouse.(Mt. l, 20).
Vous avez donc été, ô Joseph, en cette circonstance, un véritable martyr de l’humilité, et ce martyre est l’exacte copie du martyre de Marie qui, à l’effroi que causait à son humilité la pensée d’avoir été choisie pour être la Mère de Dieu, voyait s’ajouter la douleur de voir souffrir son saint époux au sujet d’un secret divin que son humilité ne lui permettait pas de dévoiler.
Après que l’Ange eut rassuré votre humilité, ô saint Joseph, grande fut votre joie à la pensée des merveilles qui se préparaient et dont vous seriez bientôt le témoin. Ce Messie attendu depuis 4000 ans, dont la promesse avait tant de fois et si solennellement été renouvelée, allait donc bientôt faire son apparition en ce monde, et ici, tout près de vous, grand Saint, dans votre humble demeure. Bientôt vous le verrez, vous serez le premier à Lui rendre vos hommages, à contempler sa face bénie. Votre recueillement redoublait, les élans de votre coeur ne connaissaient plus de bornes. Déjà Marie préparait les langes pour envelopper les petits membres de l’Homme-Dieu. Et vous, vous disiez: comme les hommes vont tressaillir de joie à son arrivée en ce monde! Comme ils vont accourir de toutes parts, pour L’adorer. C’est à qui manifestera le plus d’empressement.
Hélas! saint Joseph, ne connaissiez-vous pas les hommes; votre coeur si pur et si généreux ne vous laissait donc pas entrevoir ce que le leur contient d’indifférence, d’ingratitude, de perfidie, de noirceur?

PARTIR POUR BETHLÉEM

Bientôt, vous allez l’éprouver. Il est temps de partir pour Bethléem; hâtez-vous, saint Joseph, le temps de Marie est proche. Cherchez-lui maintenant un lieu de repos dans cette ville de David qui est votre propre cité. Sans trahir le grand secret, votre titre d’héritier de David va, sans doute, vous ouvrir toutes les portes. Les grâces naturelles, la bonté, l’affabilité de Marie vont sans doute la faire accueillir partout. La situation dans laquelle elle se trouve ne peut manquer d’émouvoir, même les coeurs les plus durs … Eh bien, cherchez, cherchez encore saint Joseph. Les portes se ferment devant vous l’une après l’autre. Vous ne pourrez pas, même pour de l’argent, trouver de place dans les hôtelleries; il y a de la place pour tout le monde, pour les étrangers, pour leurs chevaux et leurs bêtes de somme, il n’y en a pas pour le Fils de Dieu!
Cherchez encore, cherchez jusqu’à la nuit, jusqu’à ce que Marie soit prête à défaillir d’épuisement, de honte. Demandez, les larmes aux yeux, suppliez pour l’amour de ce que ces êtres indifférents ont de plus cher … Peine perdue !… Il faut renoncer à tout espoir de trouver le moindre asile… Le vent s’élève, glacial et pénétrant. La nuit est venue, Marie frissonne! Hélas! que faire?
Le doute vient encore cruellement mordre votre cœur : si cet enfant qui va naître est le Fils de Dieu, pourquoi Dieu ne change-t-Il pas Lui-même les coeurs et ne se fait-Il pas accueillir au moins par les pauvres gens, dans une chaumière?
Non, vous fait répondre votre Foi. Les prophètes ont annoncé que le Messie serait repoussé, méprisé par son propre peuple. Ce refus et cet abandon me montrent bien clairement que c’est bien Lui qui va paraître. Isaïe a dit : Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître, mais Israël ne m’a point connu, et mon peuple a été sans intelligence.(Is.1, 3).
Vous voyez, saint Joseph, Isaïe l’avait prédit. Allez dans la campagne, conduisez Marie dans cette grotte; dans votre jeunesse, vous aimiez à y aller prier. Elle sert d’étable, mais qu’importe, les animaux, du moins, accueilleront leur Créateur. En plein minuit, la grotte est illuminée d’une clarté surnaturelle qui surpasse celle du ciel… Marie, dans une sublime extase, vient de prendre sur la terre un Enfant d’une merveilleuse beauté. Elle l’enveloppe de langes et le presse sur son cœur.
En plein minuit, la grotte est illuminée d’une clarté surnaturelle qui surpasse celle du ciel… Marie, dans une sublime extase, vient de prendre sur la terre un Enfant d’une merveilleuse beauté. Elle l’enveloppe de langes et le presse sur son cœur.
Oh que cet Enfant est admirable! Voilà le Sauveur, le Messie, voilà le Fils de Dieu fait homme!
Avec vous, saint Joseph, nous nous prosternons, nous adorons. Soyez maintenant consolé de vos peines et de vos larmes … Il vous regarde, Il vous tend ses petits bras, Il semble vous dire:  » Tu seras mon Père … je t’obéirai comme ton fils  »
Pensez-vous encore, saint Joseph, à vos démarches inutiles?.. Bien vite, prenez-Le dans vos bras, appuyez-Le sur votre poitrine qui sera désormais celle d’un père dévoué … contemplez-Le avec délices … Oui, oui, osez, saint Joseph, osez déposer sur cette Face adorable un baiser plein d’amour … Il vous invite par son aimable sourire … Il le veut car Il vous choisit pour être son Père nourricier. Ne craignez donc pas, saint Joseph, que votre humilité ne vous fasse pas trembler. Il vous faut puiser dans ce baiser beaucoup d’amour, de foi, de courage car les épreuves vont bientôt recommencer.
Jésus fait chaque jour pour moi, ce qu’Il a fait alors pour vous. Il vient sur mon coeur, dans mon coeur, Il me donne Lui-même cet amoureux baiser. Quand nous recevons Jésus dans la sainte, communion, ne devrions-nous pas trembler, puisque Joseph tremblait en prenant le divin Enfant dans ses bras? Du moins, puisqu’il plaît à ce doux Sauveur de cacher sa présence sensible, et de ne se laisser voir que par la foi dans la divine Eucharistie, pour ne point nous effrayer par sa Majesté, nos coeurs ne devraient-ils pas se fondre d’amour, comme le coeur de saint Joseph?
À peine aurez-vous goûté quelques jours ces joies suaves, ô Joseph, et tressailli d’allégresse, en voyant votre Jésus, le Fils de Marie, le Verbe de Dieu, reconnu et adoré par les humbles et les pauvres, dans la personne des bergers, et par les Rois des Gentils, qui Lui offriront leurs présent, à peine aurez-vous entendu proclamer ses grandeurs et sa puissance par Anne et Siméon, que le glaive de douleurs qui doit transpercer l’âme de Marie, transpercera aussi la vôtre, afin que votre martyre soit semblable au sien.
L’orage éclate sourdement, la persécution sévit subitement avec une violence inouïe. Hérode cherche l’Enfant pour le mettre à mort; une multitude d’innocents a déjà été immolée. « Lève-toi, Joseph, prends l’Enfant et sa Mère, et fuis en Égypte, » vous crie l’Ange de Dieu, pendant votre sommeil.
Quoi! Fuir, s’exiler! C’est le Fils de Dieu, et Il prendra la fuite, comme un homme craintif, faible et tremblant, devant ses ennemis? C’est Lui, le Libérateur, et Il va fuir! C’est Lui qui doit sauver son peuple, et il faut Le cacher! Son Père ne peut-Il Le protéger ici aussi bien qu’en Egypte?
Mais votre Foi triomphe encore, ô Joseph. Sans vous arrêter un seul instant à ces doutes, vous adorez les secrets incompréhensibles de Dieu. Vous vous levez aussitôt, et sans le moindre retard, vous prenez le chemin de l’exil.
Adieu, ô Patrie de mes pères, adieu terre promise et donnée par Dieu, adieu sanctuaire béni de Nazareth où le Verbe s’est fait chair, adieu grotte illustre de Bethléem où le Fils de Dieu s’est manifesté au monde, adieu temple saint, maison de Dieu qui a retenti des louanges du Nouveau-né!
Vous perdez tout cela, Joseph, mais vous gardez vos deux immenses trésors, l’Enfant et sa Mère! Que vous importe les âpres chemins, les privations de l’exil, les dangers et les souffrances dans un pays barbare, vous restez en compagnie de Jésus, le Maître de toutes choses, et de Marie, la Reine de l’univers. Heureux et doux exil dans une telle compagnie!
N’est-ce point notre sort aussi à nous? Exilés que nous sommes de notre céleste Patrie, nous voyageons péniblement dans les affreux déserts de cette vallée de larmes. Mais nous avons Marie pour notre Mère, Joseph pour notre Protecteur, Jésus pour notre compagnon. Que nous manque-t-il, ô bon Jésus, puisque vous êtes avec nous? Pourquoi nous plaindre, pourquoi murmurer de nos souffrances, puisque vous êtes avec nous? Accourez donc vous qui souffrez, venez ici vous qui gémissez sous le fardeau de cette vie. Voici Jésus, voici la Compagnon de notre exil!
Que craignez-vous? Il vous appelle Lui-même: Venez à moi, vous dit-il, vous qui peinez et êtes accablés, et je vous soulagerai. Il vous est présent comme Il l’était à Joseph, ouvrez les yeux de votre âme et voyez-Le sur cet Autel vous faire signe d’approcher. Voulez-vous Le prendre dans vos bras? Il va venir de Lui-même, non seulement dans vos bras, mais dans votre coeur.

QUE SAINT JOSEPH VOUS CONDUISE À L’EUCHARISTIE

O doux et béni Jésus qui restez ici pour notre consolation, pourquoi ne venons-nous pas plus souvent vous visiter, vous confier nos peines, vous demander votre assistance? Pourquoi fermer l’oreille aux tendres appels de cet aimable Sauveur, fuir ses douces caresses? Pourquoi ne Le visitez-vous pas plus souvent? Pourquoi ne pas Lui donner les moments que vous gaspillez dans des conversations inutiles? Pourquoi ne pas vous entretenir plus souvent avec Lui? Ah! si vous saviez combien Il est bon, combien Il vous aime; combien les heures s’écoulent doucement quand on Le prie avec ferveur! Voyez ces vierges qui Lui sont consacrées, qui ont tout quitté pour être toujours avec Lui. Ah! Vous ne goûterez jamais dans une vie entière de plaisirs, le bonheur qu’elles éprouvent dans une seule de leurs minutes.
Vous ne savez pas Le prier comme elles, me direz-vous, et vous ne pouvez goûter leur bonheur. Et moi, je vous dis, je vous le dis de la part de Dieu: Venez Le visiter souvent et Lui-même vous apprendra à prier, confessez souvent et sincèrement vos fautes et, dans la sainte communion, Il viendra en vous avec son Esprit Saint qui transformera vos coeurs et Lui-même priera en vous avec des gémissements ineffables. Oui, mes frères bien-aimés, si vous visitez souvent Jésus, si vous Le recevez souvent dans la sainte communion, Il fera de vous tous des saints, Il sera toujours avec vous comme avec saint Joseph, et par le patronage de ce grand saint, vous ferez un jour une mort sainte et précieuse devant Dieu ; comme Lui, vous vous endormirez paisiblement dans les bras de Jésus et de Marie, et vous jouirez d’un bonheur infini dans la société.