Saint-Joseph Gardien du Pain de Vie

UNE DÉVOTION D’ENFANCE

Notre Père Fondateur, très dévot à Marie dès l’enfance, avoue à un de ses professeurs de collège qu’il a l’habitude du  » Souvenez-vous  » que sa mère lui a appris, et son maître le désigne à un confrère comme  » Un petit garçon qui dit toujours des Souvenez-vous.  »
Le pieux collégien faisait tous les jours son heure de garde auprès du Roi des rois – délaissé dans l’Hostie – et cela, malgré les moqueries de quelques camarades. Il récitait alors de tout son coeur aimant la prière de Saint Thomas d’Aquin pour les visites au Très Saint-Sacrement, essayant de consoler le Coeur de Jésus-Prêtre et Hostie.
Jésus et Marie devaient le conduire à JOSEPH, le plus parfait adorateur du Verbe fait chair, après Marie.
Encore enfant, à un directeur qui lui demandait s’il avait une dévotion spéciale à quelque saint, le jeune Louis avait répondu :
– Non, j’ai la Sainte Vierge.
– Il est bon d’avoir un saint que l’on prie chaque jour…
– Eh bien ! Alors, je prends saint Joseph …c’est le plus proche de la Sainte Vierge.
Il a tenu parole. Toute sa vie, il aima et pria saint Joseph, et se confia à lui; l’ouvrier de Nazareth devint son Père comme Marie était sa « bonne et tendre Maman ».
Jeune séminariste, il voulut donner cours à son zèle apostolique en fondant dans sa chère petite ville de Rambervillers un » Cercle de jeunes gens  » et il n’oublia pas de le mettre sous le patronage du bon Père saint Joseph.
Chaque jour au petit comme au grand Séminaire, notre Père fut, fidèle à réciter une prière à saint Joseph que son Directeur lui avait donnée quand il l’avait pris pour patron. Et toujours, depuis qu’il fut ordonné Prêtre, son culte au Père Nourricier de Jésus ne fit qu’augmenter.

… ET DANS SON SACERDOCE

Il aimait à vénérer saint Joseph comme “ le premier associé ” de la Vierge dans son sacerdoce spirituel, et à lui recommander les besoins du clergé.
Notre Père faisait fréquemment de saint Joseph le thème favori de ses instructions, d’abord à ses paroissiens, et aussi à ses religieuses; il le priait, lui confiait tous ses projets, recevant en retour des preuves évidentes de son crédit auprès de Dieu.
C’est à Saint Joseph, en avril 1890, que le Curé Mangin demande une ménagère pour le presbytère
Nous nous souvenons bien que nous devons à saint Joseph la vocation de notre Mère Fondatrice…
Écoutons notre Père nous en raconter les circonstances :
“ J’avais besoin d’une ménagère… Comprenant combien le choix d’une telle personne est important dans la maison d’un prêtre, j’avais commencé une neuvaine à saint Joseph pour en découvrir une bien pieuse, et surtout très modeste et très réservée. Dans le cours de cette neuvaine, on me parla d’Éléonore Potvin, qui appartenait à une excellente famille de la paroisse…
“ Elle vint donc me rencontrer. Grande de taille, mais délicate de complexion, elle ne semblait guère apte aux multiples travaux du ménage d’un presbytère. Cependant, son attitude si modeste et si digne me fit penser que saint Joseph avait tenu compte des qualités que je désirais surtout pour une ménagère, et je l’engageai…
“ Je ne tardai pas à découvrir dans votre Mère une âme privilégiée sur laquelle Dieu avait ses desseins, et je remerciai saint Joseph d’avoir si bien choisi. Il eût été difficile de trouver une ménagère plus accomplie… Cette personne serait plus qu’une ménagère, elle serait une collaboratrice…. ”

… EN CONTINUITÉ COMME FONDATEUR

De plus, saint Joseph était son patron dans la dévotion à la Sainte Vierge. Un jour il nous demanda : “… Comment voulez-vous aimer notre Bonne Mère, mes petites filles ? … Comme saint Bernard… Comme saint Alphonse… Comme saint Stanislas… Comme le Bienheureux Père de Montfort… Eh quoi, mes filles…vous ne voulez pas aimer notre « Bonne Maman » comme saint-Joseph?… Pensez donc s’il l’aimait, lui!… ”
Une autre fois :
“ Voilà trois cœurs qui sont unis en un seul cœur : le Cœur eucharistique de Jésus, le Cœur immaculé de Marie et le Cœur virginal de saint Joseph. Ces trois personnes forment une communauté unique au monde, une communauté qui avait le but le plus grand, le plus élevé que jamais communauté puisse avoir; une communauté qui a duré juste le temps nécessaire pour l’accomplissement de sa mission. Communauté qui a cessé d’exister sur la terre, mais qui cependant conserve ses liens dans le ciel; les liens qui ont été formés sur la terre dans ces trois cœurs continuent dans le ciel. ”
1904 : Patronage de saint Joseph, notre Père Fondateur voulut qu’il y eût “ grande fête ” dans la petite famille. En effet, en cette année bénie du Cinquantième anniversaire de la proclamation du Dogme de l’Immaculée Conception, qui lui avait apporté l’approbation de son humble Institut, ne convenait-il pas de reconnaître par de dignes hommages, la part que le bon saint Joseph avait prise avec sa virginale Épouse dans sa formation, son soutien et son développement.
Une statue que nous avions de notre bon père Protecteur est placée sur un petit autel garni de fleurs et resplendissant de lumières. Toute la journée, nous lui adressons tour à tour nos prières les plus tendres et les plus filiales d’amour, de reconnaissance et de demande.
Notre bon Père saint Joseph semblait content de ses filles, et surtout de son fidèle serviteur qui lui avait exprimé ses sentiments dans une élévation écrite, véritable élan d’un coeur plein qui ne peut plus se contenir. Notre Père s’en servit pour nous faire une méditation à haute voix avant la Messe. Jamais nous n’avions entendu rien de si beau sur le saint Époux de Marie et le Père Nourricier de Jésus!
Comme notre Père, nous étions émues jusqu’aux larmes, et de l’autre côté de la grille, on ne paraissait pas moins touché. Oh, que ces paroles enflammées nous firent davantage aimer saint Joseph ! Comme nous allons nous unir à lui, le prier avec ferveur pour qu’il nous donne son humilité, son esprit intérieur, pour qu’il nous apprenne à adorer Notre Seigneur au Très Saint-Sacrement.
Voici cette effusion du coeur de notre Père dans celui de notre bon Père Saint Joseph

… le 25 août 1913, il fit une confidence sur sa vie avec saint Joseph :

“ Quand il s’est agi de commencer cette communauté et que j’ai compris que le Bon Dieu m’appelait à former des âmes à une haute sainteté, je me disais : moi qui suis si peu avancé, plein de défauts, comment pourrais-je faire pour former des âmes à la piété ? Et je pensais au pauvre saint Joseph quand il était dans le trouble, dans l’inquiétude et la peine au sujet de Marie; ses peines se sont pourtant transformées en allégresse quand il a connu le Mystère de l’Incarnation. Alors, à mesure que je voyais Jésus se former dans les âmes que Dieu m’avait confiées, je reprenais confiance et courage.
“ Puis, quand la petite communauté a été commencée, il s’agissait de lui trouver un asile. Nous avions bien trouvé l’étable de Bethléem, mais elle ne suffisait plus. Je voyais les autres communautés qui se bâtissaient de très beaux couvents et je me disais : les Servantes de Jésus-Marie ne pourraient-elles pas avoir un petit monastère ?… je pensais alors à saint Joseph qui cherchait dans Bethléem pour loger la Sainte Vierge et l’Enfant qui devait naître. Je pensais aussi à sa joie quand il trouva cette grotte; il comprit que c’était là que Dieu voulait que naquît son Fils. Et je me suis réjoui quand les bons Pères Oblats me dirent : c’est à Hull qu’il faut bâtir.
“ Mais les peines, les souffrances, sont inséparables du progrès, et souvent je voyais souffrir mes pauvres filles : Je pensais alors à la douleur de saint Joseph, obligé de fuir en exil; mais il avait la consolation de voir tomber les idoles en la présence de Dieu. Et, je voyais se manifester le travail de la grâce qui attirait les âmes à Dieu.
“ Eh bien! Saint Joseph a passé encore par bien des épreuves; une des plus douloureuses, c’est quand il a perdu pendant trois jours son Jésus. Il s’est mis à le chercher; mais quelle joie quand il l’a trouvé dans le temple! Quelquefois, il faut bien le dire puisque nous sommes dans la vie religieuse pour nous perfectionner continuellement; quand je vois des défauts dans mes filles et que ces défauts se manifestent un peu plus, je me demande avec douleur et crainte que fera Jésus. Mais quand je vois le repentir, le désir de mieux faire, le désir de tout souffrir, je retrouve Jésus affermi dans les cœurs, je me réjouis avec saint Joseph.
“ Saint Joseph a tremblé à son retour d’Égypte, craignant d’être obligé de revenir en arrière; mais il s’est grandement réjoui quand l’Ange lui a dit de demeurer à Nazareth.
“ La place nous manquait pour admettre de nouveaux sujets. Si nous ne pouvons pas même agrandir notre petit Nazareth, comment ferons-nous pour en bâtir de nouveaux? Saint Joseph a relevé notre espérance et épanoui notre joie en agrandissant lui-même notre premier Nazareth, en nous donnant aussi l’espérance qu’il se chargerait de construire les autres.
“ Vous m’avez dit que cette année est une année de saint Joseph. Je le crois bien ; vous savez ce que ce bon Saint a fait pour nous cette année, et je crois que ce n’est que le commencement, il en fera encore bien plus. À nous, de vivre toujours à Nazareth et de ne pas séparer Jésus-Marie-Joseph.
“ C’est en leur nom que je vais vous bénir. ”

… INSPIRÉ DES TEXTES BIBLIQUES

Les rapports de saint Joseph avec l’Eucharistie? Mais, ils sont évidents nous disait-il!
“ Le personnage de l’Ancien Testament qui, au dire de tous les Pères de l’Église, figure le plus exactement Joseph, Époux de Marie, est le patriarche Joseph, fils de Jacob, celui-ci a été constitué le gardien du froment de l’Égypte pour préserver le monde de la famine; notre Joseph a été constitué le Gardien du Pain vivant descendu du ciel, de Jésus-Hostie se faisant, la nourriture de nos âmes. Un titre si glorieux du Père Nourricier de Jésus ne méritait-il pas d’être honoré par une représentation spéciale.
“ C’est lui qui fut constitué par le Père éternel le Gardien, le Père nourricier du Pain vivant descendu du ciel. Le premier Joseph, le fils de Jacob gardant le froment d’Égypte et préservant le monde de la famine, ne fut que la figuré du vrai Joseph recevant le dépôt du Froment des élus, le gardant, le préservant au prix de mille sacrifices, le nourrissant du fruit de son travail pénible et assidu.
“ Après avoir mis en réserve lé blé de l’Égypte, le patriarche Joseph eut la mission de la distribuer, moyennant de l’argent. Mais, c’est gratuitement que le vrai Joseph nous livre le Pain vivant qu’il a gardé pour nous. Comme Pharaon aux foules affamées, Jésus nous dit, à nous dont la foi est diminuée et la vie paganisée: Ite ad Joseph – Allez à Joseph. Il vous ouvrira mes trésors en vous apprenant à profiter du Don que je vous fais de moi-même, mon Eucharistie, par une fréquentation plus suivie, une foi plus vive, une vie plus sainte.
(1904) “ N’est-il pas remarquable que l’accroissement du culte de la réception de l’Eucharistie coïncide avec un développement plus grand de la dévotion à saint Joseph. Le Pape, Pie X qui, s’appuyant sur la doctrine traditionnelle de l’Église, a invité tous les fidèles à la communion fréquente et quotidienne ; il a devancé l’âge de la communion pour les petits enfants afin que Jésus les conserve purs. Ce pape qui reçut au baptême le nom de Joseph, est aussi celui qui vient d’élever à une nouvelle splendeur le culte et la fête de saint Joseph.
“ Nous pouvons mettre dans la bouche de ce Pontife bien-aimé, les paroles que le patriarche Joseph adressait à ses frères suppliants : Ne craignez rien, je vous nourrirai, vous et vos PETITS ENFANTS.

Une image de saint Joseph Gardien du Pain de vie, avec à l’endos cette prière composée par l’Abbé Alexis-Louis Mangin, fut imprimée et répandue auprès du public.
En Gen. 41,39 : Pharaon dit à Joseph : Puisque Dieu t’a instruit de tout cela, il n’y a personne qui puisse être aussi intelligent et aussi sage que toi.
(Paraphrase) : Ô Joseph, puisque Jésus a révélé à votre coeur virginal les trésors de son Coeur eucharistique, parlez-nous, enseignez-nous les voies de la Sagesse, ô Maître incomparable!
O Joseph, laissez-moi vous dire, en empruntant les paroles de saint Bernard : Le Dieu fait homme et devenu votre Fils adoptif, a trouvé en vous, comme en David un homme selon son Cœur, puisqu’Il n’a pas hésité à confier à votre coeur virginal son plus saint Mystère, lui dévoilant l’insondable trésor de son Coeur eucharistique. À vous, comme à votre ancêtre, il a révélé les arcanes les plus profondes et les plus mystérieuses de sa Sagesse; il vous a donné connaissance d’une merveille que les plus savants de ce monde ne pouvaient même soupçonner.