Notre-Dame-des-Neiges

« Heureuses des entrailles qui t’ont porté et les seins qui t’ont nourri de leur lait » – Lc. 11,27

« Ces paroles constituent une louange à Marie comme Mère de Jésus selon la chair, et mettent en lumière l’évangile de l’enfance de Jésus, où Marie est présente comme Mère qui conçoit Jésus dans son sein, le met au monde et l’allaite maternellement. » -Redemptoris Mater, no 2

« Après le départ de son Fils, sa maternité demeure dans l’Église. » -Redemptoris Mater, no 40

 

Ce fut grande consolation pour nous de constater combien l’enseignement de Jean-Paul II correspondait à ceux de notre Père Fondateur, M. l’Abbé Alexis-Louis Mangin.

 

Sainte Marie, Mère de Dieu

Cette fête liturgique célébrée le 1er janvier nous aide à considérer le grand amour avec lequel la Vierge Mère remplit son rôle maternel auprès de Jésus.

 

Parler de Notre-Dame-des-Neiges, c’est pour nous, Servantes de Jésus-Marie, remonter à la source de notre vocation. Nous y retrouvons un trésor de famille de grande valeur.

Le merveilleux dessein d’amour de Dieu dans la fondation de notre Congrégation va se préciser sous le symbole particulier de la Vierge-Mère allaitant son Enfant-Jésus, invoquée sous le titre de Notre-Dame-des-Neiges. Ce symbole et ce mystère portent en germe toute notre vocation de Servante de Jésus-Marie.

En 1889, l’Abbé Alexis-Louis Mangin est nommé curé fondateur de la paroisse de Masson. Le 29 septembre de la même année, Mgr J. Thomas Duhamel, archevêque d’Ottawa, vient bénir solennellement l’église et lui donne comme titulaire : Notre-Dame-des-Neiges dont la fête patronale est le 5 août.Cette Vierge n’est encore représentée d’aucune manière. ( au Canada, en 1988, nous comptions 13 paroisses sous le vocable de Notre-Dame-des-Neiges )

Les visiteurs se succèdent au presbytère de Masson. C’est une surcharge pour la maman et la sœur de M. le Curé qui veillent à son entretien. Alors, il songe à leur fournir de l’aide par le recours d’une ménagère de confiance. Prompt à la prière en toute circonstance, il entreprend une neuvaine à saint Joseph afin d’obtenir la personne désirée. Avant que sa chaîne de supplications ne soit terminée, on lui présente une demoiselle grande et délicate qui, en apparence, semble inapte aux multiples travaux du ménage d’un presbytère.

Est-ce la personne qu’il lui faut? La question l’angoisse. À l’attitude de dignité et de modestie de cette demoiselle qui se nomme Éléonore Potvin, le curé pense que saint Joseph a entendu sa demande et qu’il l’exauce à l’instant. L’entente est nouée. Éléonore y entre comme ménagère. On est en avril 1890.

Du 20 avril 1893 au 27 avril 1894, des manifestations surnaturelles viennent confirmer Éléonore dans la pensée que Dieu désire une œuvre et l’appelle à y coopérer. C’est ainsi que Marie se présente à elle à plusieurs reprises dans le mystère de l’allaitement divin. À la demande de son Père spirituel, elle mettra par écrit les faveurs dont Notre-Seigneur la favorise.

« Mon Père, pendant la messe…, j’ai vu le petit Jésus dans les bras de la Sainte-Vierge et buvant au sein très pur de sa Sainte Mère. »

Sur l’ordre de son Père spirituel, Éléonore demande à Marie ce que signifie ce mystère de se montrer à elle, toujours en tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras et le nourrissant. Marie lui répond que ce serait lui qui comprendrait cela. L’Abbé Mangin, qui deviendra notre Père Fondateur, conclut :  «Il s’agit de la fondation d’une œuvre de prière pour les prêtres.»

La Très Sainte Vierge se montrant ainsi, disait presque toujours :

« Ma fille, moi, j’ai pris grand soin de mon divin Fils; vous prendrez soin des prêtres qui sont les représentants de mon Fils. »

C’est ainsi qu’Éléonore est conduite à la perception d’un service sacerdotal spirituel. D’étape en étape, elle reçoit de nouveaux éclairages qui la font entrer plus avant dans la mystique de sa vocation. Un second volet, non moins énigmatique, s’ouvre devant elle :

« Vous prendrez soin de mon Fils…»

Pour nous, aujourd’hui, il est facile de conjecturer un Institut voué à l’adoration perpétuelle du Très Saint-Sacrement, mais pour elle, quelle perplexité! Oui, Éléonore prendra soin de Jésus, le doux Fils de Marie, qui lui est désormais confié sous les voiles de l’Hostie. Le zèle de Marie-Zita-de-Jésus (son nom de religion) se fera inventif pour l’entourer des marques extérieures et intérieures du plus pur amour.

Le titre de Notre-Dame-des-Neiges

D’où vient le titre de Notre-Dame-des-Neiges donné à ce mystère de l’allaitement divin contemplé par notre Mère Fondatrice? Nous connaissons l’origine de Sainte-Marie-aux-Neiges ou Sainte-Marie-Majeure. La grande basilique qui s’élève à Rome fut bâtie sous le pontificat du pape Libère (352-366). Un noble patricien, favorisé d’une vision de Marie, l’a fait construire sur un emplacement marqué miraculeusement par une couche de neige, en plein été. Ce sanctuaire fut rebâti au siècle suivant et dédié à Marie dont le Concile d’Éphèse venait de proclamer le titre de Mère de Dieu. Cette basilique s’appelle aussi Sainte-Marie-à-la-Crèche, parce qu’on y garde des morceaux de la crèche de Bethléem (du berceau de Jésus plus précisément). Mais il n’y a pas de lien avec la Vierge qui allaite à ce moment.

C’est dans la cathédrale de Sienne qu’un tableau du XIVème siècle, représentant l’allaitement du Fils de Dieu par la Vierge-Mère, est honoré sous le nom de Notre-Dame-des-Neiges.

 

Ci-joint une image ancienne qui représente ce tableau. Autour de l’image s’exprime la pensée suivante: « O très sainte Mère de Dieu! Puisse la moindre goutte du lait virginal dont vous nourrissez, en l’adorant, votre divin Fils, pénétrer, comme une blanche et chaste rosée, jusqu’au fond de mon âme, la rendre sainte et pure, y faire germer l’humilité, la confiance, le courage; pour la gloire et l’amour de JÉSUS, notre Sauveur et notre Frère. »

 

 

En 1895, le curé de Masson fit placer dans l’église paroissiale un beau tableau représentant le miracle de Notre-Dame-des-Neiges (œuvre de M. L.V. Gadbois, de Ste-Eustache).

 

En 1905, notre Père Fondateur en expliqua l’origine à ses filles: « Depuis quelque temps, je songeais à avoir un beau tableau de Notre-Dame des Neiges. Puisqu’on l’avait d’abord appelée Sainte-Marie de la Crèche, je me disais : si on représentait Marie allaitant l’Enfant-Jésus? Je ne savais pas qu’on vénérait alors, dans la cathédrale de Sienne, un tableau représentant le saint allaitement du Fils de Dieu par la Vierge Marie.»

 

Ce tableau fut béni par Mgr Duhamel le 25 mars 1895. Dans l’incendie de 1902, ce tableau fut brûlé. Le haut fut photographié, mais le bas on n’a pu y bien réussir.  En 1896, le même artiste Gadbois peignit un tableau semblable à celui de l’église, en omettant les arcades du bas, pour le petit couvent de Notre-Dame-des-Neiges, à Masson. À la chapelle, il occupait la place d’honneur, au-dessus de l’autel. Il sera ensuite transporté au monastère Jeanne d’Arc à Aylmer et ensuite à Hull. Il y demeurera jusqu’en 1966 pour être ensuite remisé à la salle des souvenirs.

 

Un deuxième tableau, œuvre de Louise Routhier, arrière-nièce de notre Père Fondateur, fut peint en 1930 et se trouve encore dans l’église de Masson.

 

En 1995, sur notre demande Mme Agathe Szabo,Tableaux de Notre-Dame-des-Neiges de 1896 et de 1995 peintre de nationalité hongroise, nous fit une fidèle reproduction de ce tableau de Notre-Dame-des-Neiges. Cette oeuvre d’un grand art fait son entrée au monastère le 9 avril. Mme Szabo en est visiblement satisfaite et nous aussi d’ailleurs. Nous y trouvons une parfaite ressemblance avec l’original.

 

Le 16 juillet, fête de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, il est installé à sa place originelle, au noviciat. Le tableau brille de tout son éclat sous l’effet de la lumière de son inauguration. Notre Père Aumônier, Père André Forest, o.f.m.cap., marchant sur les pas de notre Père Fondateur, vient tracer sur cette image qui nous est si chère, une large bénédiction.

La statue de Notre-Dame des Neiges

Un mot maintenant de la statue de Notre-Dame-des-Neiges. Fin mars 1895, notre Père Fondateur avait fait mouler une petite statue de Notre-Dame-des-Neiges d’environ 15 pouces de hauteur. C’est devant cette petite statue que notre Mère Fondatrice remit sa charge entre les mains de Marie (8 juin 1895). Il en fit parvenir une à Mlle de la Rousselière (chapelle de la Réparation, Montréal). Au moment de faire faire la Vierge de l’Allaitement divin dont elle rêve, Mlle de la Rousselière porte cette petite statue chez Carli, mais ils ont plutôt copié le tableau de la cathédrale de Sienne. Cependant, ils utilisèrent comme base Notre-Dame de Pitié, ce qui explique les larmes qui coulent de ses yeux. Après bien des difficultés, ne pouvant mettre cette statue dans la chapelle qu’elle avait préparée, Mlle de la Rousselière la cède aux Dominicains en 1898 alors qu’ils desservent le Sanctuaire de la Réparation.

Et c’est en 1899, par une intervention toute providentielle, qu’elle nous est donnée et fait son entrée au Couvent de Jeanne d’Arc.
Notre Père Fondateur aimait, avec cet événement, nous rappeler une attention de la Providence par les trois guirlandes de cinq roses chacune, qui furent ajoutées par les Pères Dominicains, comme symbole de leur dévotion au Saint Rosaire.

 

Le 17 juin 1902, c’est l’arrivée définitive à Hull; elle est déposée dans un petit oratoire que notre Père a fait construire dans le jardin.

En la fête du Sacré-Coeur, le 30 juin 1905, notre Père Fondateur avait béni la statue de NOTRE-DAME-DES-NEIGES, alors au jardin, ainsi que celle de Saint-Joseph, installée devant la grotte.

 

Ce fut l’occasion d’approfondir « ce mystère » et le sens de notre vocation. Écoutons-le : « La statue de NOTRE-DAME-DES-NEIGES vous représente la divine Mère dans l’exercice des devoirs de sa Maternité. Ses soins maternels, à qui les rendait- elle ? C’est à Jésus, le Prêtre éternel, le seul vrai Prêtre dont tous les autres ne sont que le prolongement à travers les siècles… »

« C’est à cette oeuvre, mes bien chères filles, que la divine Mère a voulu vous associer. Il faut, qu’à votre tour, vous soyez pour les Prêtres, des mères spirituelles qui, usant des moyens conformes à votre sainte vocation (la prière, le travail, la souffrance), s’efforcent de faire croître les âmes de tous les prêtres, en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes.

Cette image de la « Mère du bel Amour » dans l’exercice des fonctions et des devoirs de sa divine Maternité sera donc pour vous un symbole de votre vocation … La dévotion dont je vous parle semble être le partage des âmes contemplatives, jouissant d’une plus grande intimité avec leur divin Époux. Je pourrais vous en citer plusieurs, et non les moindres, comme saint Augustin, saint Athanase, saint Bernard etc. Je me contenterai de rappeler quelle source de consolation et de ferveur votre Mère Fondatrice trouvait dans cette dévotion. »

 

Le 24 mai 1908, Notre-Dame-des-Neiges cédera la place à Notre-Dame-de-Lourdes et viendra s’installer à l’intérieur du monastère.

La Congrégation s’est développée dans la fidélité à ses origines! Jusqu’en 1935, notre statue NOTRE-DAME-DES-NEIGES était UNIQUE AU MONDE! Pour nous, SERVANTES DE JÉSUS-MARIE, elle était le vrai portrait de notre Mère au milieu de nous. C’est avec grande allégresse que fut accueilli le dessein d’en faire reproduire un modèle pour chacun de nos Nazareths.

 

Après ce bref survol historique, nous pouvons avec assurance donner le nom de Notre-Dame-des-Neiges à la Vierge qui allaite, héritage du cœur de notre Père. Sans doute que les faveurs reçues par notre Mère Fondatrice y sont aussi pour quelque chose. Nous terminons, par un dernier mot de ce cher Père, le 5 août 1913 :

« La Vierge a deux attitudes principales. À Bethléem, elle allaite la Victime; sur le Calvaire, elle offre la Victime. Mais dans l’un et l’autre cas, elle est bien la Vierge sacerdotale des SJM, leur modèle, leur Maîtresse, leur Mère. »

En 2012, la Vierge de l’Allaitement
voudrait-elle se faire connaître sous ce vocable?

C’est bien son amour maternel qui veut se déverser sur les jeunes, sur tous ceux qui ont besoin de la tendresse d’une mère, sur celles qui sont en crise face à la maternité où la vie de l’enfant est menacée. Ils sont nombreux les coeurs en quête de l’amour d’une maman.

Après de nombreuses démarches, une jeune dame de chez-nous, saisie par une reproduction de la Vierge allaitant l’Enfant Jésus, a fait réaliser par un artiste québécois une magnifique sculpture représentant ce « mystère ».

Vierge allaitant l’enfant Jésus
« Hommage à la maternité »
présentée par Mme Jeannine Lafrenière

Dans les siècles passés, les peintres et les iconographes ont représenté le mystère de Marie allaitant son Fils Jésus, cet aspect de la maternité, par un nombre impressionnant de tableaux et de statues, dans les cathédrales, les monastères, etc. De même, les Pères de l’Église et les saints sont nombreux qui ont prêché, écrit sur l’allaitement divin, sans parler de ceux et celles qui ont été favorisés de grâces particulières en contemplant ce mystère de l’Enfance de Jésus.

Nous n’avons qu’à relire les belles pages de Saint Bernard pour en découvrir la profondeur. Oui, mystère d’abaissement, mais non moins réel, vécu par « le plus beau des enfants des hommes » : Jésus, «Verbe fait chair. »

 

 

Thérèse de l’Enfant-Jésus nous a laissé, elle aussi, un beau souvenir de cette dévotion par une image peinte par l’une de ses sœurs, sous son inspiration. Il est écrit : « La sainte avait placé cette image dans son bréviaire. Elle ne s’en sépara pas pendant sa dernière maladie et la contempla bien des fois avec amour. Elle avait écrit sur cette image » :    « A ce festin d’Amour que te donne ta Mère Oh ! daigne m’inviter, Jésus mon petit Frère ! »

 

 

Être saisie par la tendresse de Marie et par l’amour de l’Enfant pour sa Mère, n’est-ce pas une grande grâce pour notre temps ; grâce pour les jeunes qui cherchent la tendresse d’une mère, pour les jeunes femmes qui sont en crise face à la maternité, pour la vie de l’enfant qui est menacée et même pour la solitude des « mamans » car il n’y a pas d’âge pour cesser d’avoir une mère.

Des jeunes de 12 et 13 ans, élèves de 1ère secondaire du Séminaire Sainte-Marie à Shawinigan, lieu où la sculpture est exposée, à qui on a demandé d’écrire des textes pour l’endos de cette image ont commencé par trouver des articles et des poèmes se rapportant à l’art religieux et puis, en observant la sculpture, ils ont jeté sur papier les émotions et les impressions qu’elle leur inspirait. Nous vous présentons les trois textes que Mme Lafrenière a choisis pour imprimer à l’endos de cette image pour la publication.  Ne pouvons-nous pas en faire une belle méditation?

Pour information voir le Site : oubliepouruninstant.org

Prière #1

Jeune femme qui nourrit, donne aussi la vie à celui qui la donnera à son tour. La vie ne dure jamais éternellement, mais se transmet à tout jamais. Ses yeux, fixant un jeune enfant, donne un regard tendre, digne d’être celui d’une mère. Le regard perçant de la Vierge allaitant son enfant donne envie de le regarder à notre tour. L’enfant de la Vierge sera un être humain pur et saint. Une mère douée donne la vie au Sauveur de l’humanité. Cette femme, aussi belle que la terre, donnera à son fils la chance de sauver une Terre digne d’être aimée.

Prière #2

L’enfant déposé à la vie Sauvé et nourri par la Vierge Marie Qui lui a apporté tout son amour et sa tendresse Même un abri… L’amour est puissant Il peut nous changer complètement Tellement que même le plus pauvre Peut trouver un enfant Sur son chemin…

Prière #3

Infinie douceur entre la Vierge et l’Enfant, Lien fragile et instable pourtant indestructible, Harmonie de deux âmes ne formant qu’une, Bénéfices et conséquences, mort et vie, Destin inconnu d’un amour maternel, Incompréhensible…