Dans l’éternelle Présence

 

Notice de  S. Marie-Daniel, sjm   (Ghislaine Richard)

 

Décédée le 5 décembre 2016 à l’âge de 87 ans

« QUE MA VIE SOIT LOUANGE À DIEU ! »

Sur les bords de l’Outaouais, plus précisément dans la ville de Hull, le 14 janvier 1929, je vis le jour dans la famille de M. Amat Richard et de Rhéa Ardouin. Petite fille très attendue et déjà aimée, je suivais un trio de garçons dont l’ainé était mort en naissant. Ce sont Joseph, Gilles et Yvon. Je serai suivie d’un trio de garçons : Jacques, Germain et Claude, jumeaux. Un trio de fillettes terminera la famille : Claire, Huguette et Paulette.
Quelle joie dans ce foyer uni qui possède maintenant sa petite fille! Vite, dès le lendemain, on me porte à l’église Notre-Dame-de-Grâce pour faire de moi un membre vivant de Jésus-Christ. Je répondrai maintenant au gentil nom de Ghislaine. De pieux parents m’ont donné pour protectrices dans le ciel, outre celui de notre douce Mère Marie, Sainte Rose de Lima et Sainte Claire d’Assise. Voilà déjà tout un programme de vie que l’exemple de ces saintes. Pour parrain, quel honneur que je n’ai certes pas mérité; ce sera un prêtre, ami très cher du Christ, M.l’Abbé Antoine-Enée Richard, frère de mon père, alors curé à Sainte-Rose de Lima et pour marraine une tante, Rose-Aimée Richard, sœur de mon père. Elle s’est dévouée d’abord au presbytère de Perkins et ensuite à Sainte-Rose de Lima. Elle fut la ménagère et la collaboratrice de mon oncle curé, comme on disait alors.
C’est le temps de la crise économique et la richesse n’est pas le lot de la famille. Celle-ci n’est riche qu’en enfants et en nom. Mais les vertus chrétiennes sont à l’honneur. Mon père a du travail et Dieu sait pourvoir au nécessaire de ceux qui cherchent à lui plaire en tout. Ma grand-mère maternelle vit sous le même toit, avec tante Germaine, sa fille, la dernière d’une famille de 14 enfants. Elles partagent leur bien avec la nombreuse famille. Je suis heureuse au milieu de frères et sœurs dans un foyer ou il fait bon prier ensemble et chanter à pleine voix.
L’éducation se fait dans une atmosphère de gaieté et en même temps de sérieux, et de piété.
Vers l’âge de six ans, âge scolaire, sac au dos, je pars à la conquête de la science, d’abord à l’Académie Sainte-Marie, école paroissiale qui ouvre grande sa porte. Là, les lettres et les chiffres prennent un sens, mais la science sacrée est à l’honneur dans cette école dirigée par les sœurs Grises-de-la-Croix, appelées maintenant sœurs de la Charité d’Ottawa.
On est en 1936, Jésus vient en mon cœur pour la première fois. Déjà hier, le 8 mai, le Saint- Esprit avait pris possession de mon âme, je devenais soldat du Christ. Forte de ce divin Paraclet, je commençais ma vie avec Jésus dans toute l’ardeur de ma jeunesse et de ma foi, reçue de mes parents; jour qui ne peut s’oublier, jour ineffable ou Dieu vient en nous. Une institutrice dévouée avait contribué largement à la préparation de ces événements. Les années filent, la science pénètre, la grâce fait son œuvre cachée, toujours dans un climat de joie et d’amour. C’est un foyer où l’on est heureux et où l’on dit son bonheur par le chant, la musique. Bientôt, c’est à l’école Normale Saint-Joseph que je dirige mes pas en 1943. Ma mère avait été institutrice avant son mariage et la route ouverte devant moi semblait celle-là.
Le foyer se peuple d’enfants; en 1938 arrive la dixième. Mon titre d’ainée (comme fille) me donne le privilège d’être choisie comme marraine de cette petite dernière. Je n’avais pas 11 ans. On fait quelques difficultés, mais le père curé donne son consentement. Le Credo en latin était indiqué pour la cérémonie, mais le désir de remplir la fonction dans toute sa rigueur l’emporta sur la difficulté. J’étais jeune, sans doute, mais je connaissais parfaitement les obligations que je contractais envers ma filleule.
Mon père et ma mère, parents très pieux, font avec leur famille la neuvaine à Notre-Dame du Perpétuel Secours que les Pères Rédemptoristes viennent d’organiser à Ottawa. Avec des enfants pleins les bras, cela devient très difficile et seul mon père peut continuer tandis que ma mère, au foyer, s’unit à la neuvaine. J’accompagne volontiers ce cher papa, car Marie est pour moi une Mère qui me parle au cœur. Je continuerai cet exercice avec ma filleule après le décès de mon père pour le ciel.
C’est en 1944, que le Seigneur a jugé bon de venir chercher ce fidèle serviteur qui n’a vécu que pour Dieu et ses enfants. Le travail quoique pas toujours assez rémunérateur était complété par le chant aux messes matinales. Pour un salaire dérisoire, il ne craignait pas de se lever tôt et de faire un trajet assez long pour permettre à une paroisse en formation d’avoir des messes chantées la semaine et une messe plus solennelle le dimanche. Il avait organisé une petite chorale à cette fin et se donnait sans compter.
À sa mort, je n’avais que 15 ans. Ma mère, femme forte et prévoyante, avait commencé à travailler hors du foyer depuis quelques années à cause d’un écart de santé chez son époux. Elle ne fut donc pas prise au dépourvu, mais la tâche se fit lourde. L’aide des enfants, à mesure qu’ils grandissaient, était mise à contribution, mais jamais au détriment de l’instruction de chacun. À ceux qui semblaient la blâmer elle disait : c’est probablement le seul héritage que je pourrai leur laisser… et le plus sûr; ainsi ils pourront se fixer dans la vie. Je continuai donc mes études au Collège Marguerite d’Youville tout en apportant ma part à la marche de la maison. Dieu savait que bientôt, il me faudrait prendre la tête du foyer, sans parent. Ma mère succomba à la tâche et mourut le 23 juin 1948.
Munie d’un diplôme supérieur d’enseignement français et anglais, je devins à la fois professeure pour gagner la vie des miens; élève pour compléter mon cours et maîtresse de maison. La tâche est ardue avec des orphelins et orphelines qui ont à faire face à ces nouveaux problèmes, mais Marie est là et Jésus donne la grâce avec la croix. Il y a aussi tante Germaine, sœur de ma mère.
Pour le moment, le désir ardent du don total est enfoui dans mon cœur. Marie, ma Mère, que j’ai appris à chérir à la maison et à l’église par les Révérends Pères Oblats, veille sur moi et, sans doute aussi, mon parrain trop tôt ravi à la terre. À la maison, c’est l’éducation des frères et sœurs. Les années filent et ceux-ci s’établissent tour à tour. Sur ma filleule, je veille avec un soin jaloux. Cette orpheline me le rend bien. Mais, voici le temps favorable! La jeune aura 18 ans le 25 novembre prochain et elle vient de commencer un cours d’infirmière; à cette fin, elle demeure à l’Hôpital Général d’Ottawa sous la surveillance des Sœurs de la Charité. Il est donc décidé que je fixerais ma tente chez les Servantes de Jésus-Marie, communauté contemplative et cloîtrée. J’étais allée au monastère quelques fois, maintenant c’est pour toujours dans ma pensée.
Vous vous demandez, mais qu’elle est donc l’histoire de votre vocation? Elle vient de loin : Ma mère, dès son jeune âge, eut le désir de la vie religieuse, mais comme c’était au moment de la mort de son père, on a cru à un désir momentané, occasionné par la douleur de cette séparation. Elle fut dirigée vers la voie ordinaire. Malgré son bonheur, après son mariage à 22 ans, la nostalgie de la vocation religieuse est restée tout au fond de son cœur et se manifesta par un fait qui semblait tout naturel. Elle me fit un costume de religieuse : voile et habit blanc. Ainsi, sans le vouloir, elle laissait paraître son désir de jeunesse. Est-ce le départ de ma vocation? Dans mes jeux, j’aimais à me parer d’un voile. Le désir latent se précise surtout vers l’âge de ma communion solennelle ou profession de foi. Peu à peu, la question se pose, mais où aller? Comme religieuses, je ne connaissais vraiment que les Sœurs de la Charité d’Ottawa qui enseignaient dans les écoles de Hull. Il y avait bien les Servantes de Jésus-Marie, mais c’était plutôt vague. Elles faisaient des hosties et ne sortaient pas. Nous connaissions Sœur Mechtilde, mais rien de précis. Nous passions devant le monastère assez souvent dans les marches du dimanche. Je me disais : cela doit prendre une bonne santé pour faire des sœurs comme ça. La grâce m’attendait à une retraite paroissiale. Comme j’aimais le chant, musique et que ma tante Germaine était directrice de la chorale des enfants de Marie, elle m’invita à faire partie de la chorale; invitation qui fut vite acceptée. Par le fait même, je suivis la retraite des filles à la paroisse. J’étais alors étudiante à l’École Normale Saint-Joseph.
L’Esprit-Saint éclaira sûrement le prédicateur de la retraite, car à la suite de la confession, il me demanda ce que je désirais faire plus tard. Je lui répondis en toute sincérité que je désirais me consacrer au Seigneur et que je ne connaissais réellement que les Sœurs de la Charité d’Ottawa. Il ajouta : avez-vous déjà pensé à la vie contemplative? Je lui dis : cette pensée m’a effleurée, mais je crains de ne pas avoir assez de santé pour une telle vie. Lui me répondit : vous savez, mademoiselle, il en faut autant pour enseigner. Ce fut le départ de mon désir de vie cloitrée.
Cependant, le temps n’était pas encore venu d’entreprendre des démarches. Il y avait bien des événements qui m’y prépareraient. D’abord, le décès de ma mère le 23 juin 1948 m’imposait de nouveaux devoirs envers mes frères et sœurs. Puis mon entrée dans le guidisme fut une étape importante puisqu’il m’a permis de surmonter une gêne excessive. Je dois un merci spécial à la cheftaine qui me poussait pour me faire vaincre cette timidité native qui était un véritable obstacle.
C’est à la suite d’une retraite guide que je fis le grand pas. Le prédicateur, un Jésuite, à qui j’ai exposé mon problème, me dit de ne pas trop retarder. Paulette, ma plus jeune sœur, étant maintenant âgée de près de 18 ans et entre bonnes mains, pensionnaire à l’Hôpital Général d’Ottawa dirigé par les Sœurs de la Charité, le moment était venu pour moi de faire cette démarche.
Après mûre réflexion, je fis ma demande d’admission chez les Servantes de Jésus-Marie. e complétai les renseignements demandés et j’ai reçu ma réponse le 14 janvier, le jour de mon anniversaire de naissance. Quel beau cadeau de fête, quelle joie de pouvoir enfin suivre cet attrait et me donner au Seigneur sans réserve! Je suis entrée au monastère en novembre 1957.

VIE RELIGIEUSE

Le 21 novembre 1957, je franchis dans l’allégresse la porte claustrale qui me sépare du monde. Ma famille, je la quitte physiquement; désormais c’est dans le Cœur de Jésus et avec son amour que je les chérirai. L’adaptation se fait graduellement avec l’aide de Jésus et de Marie. À la tête de la famille depuis plusieurs années, avec un emploi rémunérateur, je m’efforce maintenant de me tenir à la dernière place comme postulante. L’initiation aux différentes tâches et coutumes va bien et six mois plus tard, soit le 24 mai 1958, je suis revêtue de la blanche livrée de fiancée de Jésus. Le noviciat, temps de formation, est aussi temps d’épreuve où l’on essaie ses forces dans le combat spirituel; il est aussi temps de grâce où l’on parfait sa toilette de noce. Heureuse celle que le Seigneur daigne appeler à son service, heureuse l’épouse du Verbe fait chair.
Voici déjà le 24 mai 1960. Là, Jésus nous attend pour l’Alliance. Marie nous accompagne dans cet engagement. La profession est temporaire, mais en mon cœur, elle est perpétuelle. Bientôt avec mes deux compagnes, je quitte le noviciat et nous arrivons chez les professes. Mais le Seigneur demande un sacrifice; on nous retourne au noviciat dès le 19 de septembre. C’est une nouvelle expérience que l’on tente pour mieux nous préparer à notre vie d’épouse de Jésus.
Le travail nous attend, tour à tour, à l’infirmerie, à la salle des hosties, à l’expédition, à la lingerie, à la roberie et enfin à la procure. Durant le postulat et le noviciat, ce fut la cuisine, la sacristie, la roberie, la lingerie. Bientôt la probation s’annonce, temps de préparation plus intense à la profession perpétuelle tant désirée.
Chaque année, une retraite avait précédé le renouvellement des vœux, mais cette fois en 1963, c’est très sérieux. Le 24 mai 1963, voici le jour attendu de l’Alliance perpétuelle. Le Seigneur fait bien toute chose et c’est dans la joie que je me lie pour toujours à Jésus. Marie est là qui présente sa petite esclave comme épouse à son Jésus. Présentée ainsi par Marie, j’ai une grande chance d’être mieux acceptée. Jésus voit l’effort et non le succès et de plus, il ne voit que sa Mère entre les mains de laquelle je suis. Cette profession perpétuelle n’est pas un aboutissement de la perfection, mais une entrée dans la vie religieuse, dans le chemin qui nous mène vers Jésus, avec le secours maternel de Marie.
Une nouvelle étape s’ouvre devant moi; celle de départs et d’arrivées dans les différents Nazareths de la Congrégation. L’obéissance m’appelle d’abord à Cap-de-la-Madeleine. Il y a déracinement, mais aussi attrait du nouveau. Ce séjour fut de courte durée. Arrivée à la fin de septembre, je repartais dans le mois de mai pour le pays des montagnes,Shawinigan.
Là, le Seigneur m’attendait par le cœur et les bras d’une bonne Mère-Servante. J’y fus heureuse de travailler pour Jésus-Hostie et la congrégation, tantôt dans les chiffres, tantôt dans les accords mélodieux, tantôtdans le bruit de la vaisselle qu’on lave et relave, tantôt dans la poussière des réparations et renouvellements. Huit belles années de ma vie au service de Jésus-Hostie ont filé pour me voir ensuite transplantée à Cap-de-la-Madeleine en 1974, où j’ai vécu trois belles années, couronnées par l’effusion de l’Esprit Saint en un beau et inoubliable premier décembre.
Envoyée d’abord comme première assistante, je me suis vue mutée en économe inexpérimentée, à cause de la maladie et la mort de Sœur Jeannette. Le Seigneur y a mis la main et je me suis laissé guider dans cette nouvelle tâche après avoir remplacé l’infirmière d’alors. Dieu permit un court retour aux sources. En 1977, je revois le berceau de ma vie religieuse. Cette période est de courte durée, un mois à peine; c’est à l’occasion d’un Chapitre général. Cette fois, je rebondis, telle une balle, dans le Nord québécois, Rouyn-Noranda. Ce pays aux aspects primitifs se transforme peu à peu en verts espaces et le paysage se peuple de riantes et jolies maisons. La nature y est encore l’état naturel dans bien des coins. Elle est telle qu’elle est sortie des mains du Créateur. Les vastes horizons, les lacs tranquilles, tout nous permet de communier à Dieu dans la nature, de jouir de moments de détente agréable entre les périodes d’un travail assidu et d’une adoration fervente du Pain de vie. Il y a là un cachet spécial qu’on ne retrouve pas ailleurs.
Bientôt sonnera de nouveau la saison des changements. Trois années sont achevées et je reprends la route. Notre-Dame-du-Cap me convoque à nouveau et cette fois, c’est pour travailler dans l’ombre tout près de son Jésus puisque ma principale occupation sera la sacristie, travail enviable puisqu’on ne travaille que pour Jésus. Les vues du Seigneur sont impénétrables, Il savait lui que bientôt j’aurais à prêter main forte à l’économat. Années fructueuses, remplies de joies et de peines qui nous conduisent vers notre vrai bonheur. On peut vraiment dire : Tu es là au cœur de nos vies et c’est toi qui nous fais vivre.
Il semble que ma vie se stabilise un peu et sans partir, je deviens assistante. Désormais, ma tâche principale sera de seconder la Mère-Servante dans sa charge d’animatrice; travail délicat ou le moi doit disparaître pour faire place à Jésus, mais à mes sœurs aussi. Les efforts ne sont pas toujours couronnés de succès car la nature est là mais j’essaie de faire de mon mieux pour être trait-d’union entre la Mère et les filles.
Il a fait bon vivre ces trois années dans une paix et une charité que chacune a essayé de maintenir au plus haut degré. Joies et peines, santé et souffrance se sont succédé mais toujours pour faire de ces événements une monnaie pour le ciel. La pensée de la sanctification des prêtres fut toujours le leitmotiv de notre vie. Plus les prêtres seront saints, plus Jésus en sera glorifié.
Le 10 septembre 1984, Grande joie! Le Souverain Pontife, Jean-Paul 11, en visite au Canada, vient à Cap-de-la-Madeleine et nous avons la permission d’aller le rencontrer au petit Sanctuaire Notre-Dame du Cap. Quelques sœurs sont allées au lieu même de la messe célébrée sur le terrain du sanctuaire. Nous sommes ensuite revenues au monastère pour suivre la célébration de l’Eucharistie. Au moment de la communion, permission nous est donnée de la recevoir à la chapelle en même temps que le peuple qui assistait à la messe. Quelle allégresse nous anime! C’est une grâce dont nous remercions le Seigneur de tout notre cœur.
Les cloches argentines se sont mises en branle le 24 mai 1985. Elles étaient heureuses d’annoncer le 25e anniversaire de l’Alliance de Jésus avec sa petite épouse. Une belle messe inaugurait ce jour de festivité. Dans l’homélie, à saveur du ciel, notre père nous a parlé de fidélité à Jésus. Voilà ce qui est le plus important pour une adoratrice et une réparatrice. Avec les gens du diocèse, il faisait bon chanter : Frères, chantons l’amour, car ce fut vraiment un jour où l’amour fraternel était à l’honneur. Chacune a dit, à sa façon, la reconnaissance et la dilection fraternelle qui remplissait son cœur. En ces jours radieux, il fait bon chanter notre joie et dire : qu’il est doux pour des sœurs de vivre ensemble. Le lendemain, c’est au tour de la famille de festoyer avec la jubilaire, fête vraiment joyeuse qui fait chaud au cœur. Elle est bien réussie grâce à ma sœur Paulette, désireuse de profiter de l’occasion pour témoigner de sa reconnaissance. Tout au long de cette année festive, le Seigneur et sa douce Mère ont eu des délicatesses sans nombre pour l’heureuse jubilaire du Cap.
Les bonnes choses ont une fin. Me voici maintenant tout à nos chères malades, ces membres souffrants de Jésus qu’il faut aider dans leur corps et dans leur âme, car la souffrance physique est pénible pour celles qui voudraient faire toujours plus pour Jésus, mais qui sentent leur incapacité à cause d’un corps vieilli ou déficient. Jésus est là, avec Marie, pour aider quand la tâche se fait plus lourde.
Oui, santé et maladie, bénissez le Seigneur! Jeunesse et déclin de l’âge, bénissez le Seigneur!
Le doux concert de votre harmonie réjouira les oreilles et le cœur de Dieu, votre Père!
En 1989, le Seigneur parle de nouveau. C’est Shawinigan qui sera le témoin de ma vie. Les malades m’y attendent et le dévouement sera à l’honneur. Bras droit de la Mère-Servante, je cumulerai plusieurs obédiences. Hélas, en raison du manque de sujets, après la fermeture du Nazareth de Moonbeam en 1988, on nous informe que bientôt ce sera le Nazareth Ste-Famille. Nous le quitterons en février 1991.
Me voilà sur la route de Rouyn-Noranda pour la deuxième fois. Les années s’envolent et, en 1997, le Nazareth Jésus-Prêtre aura le même sort que celui de Shawinigan, toujours pour la même raison. Nous partons le 17 avril. Me voilà donc au Nazareth Sacré-Cœur de Longueuil qui ne résistera pas au vent de fermeture l’année suivante. Là, dans le calme et la tranquillité, nous poursuivons notre belle vie Servante de Jésus-Marie pour apprendre bientôt qu’il nous faudra quitter à nouveau. Volonté de Dieu, soyez bénie!
Marie m’appelle encore auprès d’elle et je m’achemine vers le Cap pour y vivre mon idéal de vie religieuse, toujours le même dans chaque monastère. Le manque de sujets se fait encore sentir. Sera-ce nous? Oui! Le premier juin 2004, nous sommes appelées à faire nos adieux à la cité de Marie, Cap-de-la-Madeleine. Je pars la veille, jour de la Pentecôte. Cette fois, je m’achemine à la Maison-Mère, mais pour l’infirmerie communautaire, car l’âge et la maladie requièrent de nouveaux soins.
Pour empêcher l’ennui de s’installer après une vie active, je continue quelques travaux. Me voici réparatrice de chapelet, aide un peu la Responsable : affiches, eau bénite, numéros pour fêtes, notices biographiques, etc. Je m’essaie à un peu de peinture en attendant la venue de l’Époux qui viendra à son heure.
C’est à l’infirmerie qu’avec mes compagnes j’ai célébré mon jubilé d’or, le 16 avril 2010. Nous étions 10 jubilaires de différents degrés. Ce fut merveilleux et la dilection fraternelle était à l’honneur. Ma famille est venue se réjouir avec moi le 29 mai 2010. Ce fut un succès; il avait été préparé par ma filleule Paulette et son époux Gerry Goulet. Seigneur, tu es bon et ta magnificence se manifeste en ces jours de joie, de paix, de jubilation. Le beau cadeau d’une bénédiction apostolique m’a touché le cœur.

Un Magnificat monte à mes lèvres pour tant de grâces durant ma vie!

À la notice de sœur Marie-Daniel, écrite par elle-même, nous aimons y mettre l’ajout suivant :
Arrivée à notre infirmerie communautaire le 30 mai 2004, notre chère sœur Marie-Daniel s’est toujours montrée très reconnaissante des bons soins reçus, ainsi que de toutes les délicatesses maternelles et fraternelles qui l’ont entourée.
Au cours de ces 12 dernières années, elle est demeurée ce qu’elle a toujours été : une fidèle Servante de Jésus-Marie, entièrement livrée à son Jésus-Hostie dans l’adoration et la louange, une petite âme toute marialisée, respectueuse envers ses mères-servantes et très délicate envers ses sœurs.
Depuis de nombreuses années, elle écrivait un souhait de fête à chacune de ses compagnes. Ce qu’elle fit encore peu de jours avant son décès. Sa santé se détériorant de plus en plus, l’infirmière nous prévient que notre sœur Marie-Daniel ne verrait probablement pas Noël sur terre. C’est ainsi que le 5 décembre 2016, l’Époux accueillait
en son paradis de gloire, pour un Noël éternel, celle qui disait vouloir toujours être l’hostie de Jésus.
Sa sœur Paulette et son époux Gerry, sa belle-sœur Claudette, ainsi que de nombreux neveux et nièces étaient présents à la liturgie des funérailles, Mgr Jean-Charles Dufour, le 10 décembre 2016.
Chère Sœur Marie-Daniel, que le Seigneur soit votre joie pour l’éternité!