Dans l’éternelle Présence

« Mon cœur est prêt mon Dieu, mon cœur est prêt! »

Ce verset du psaume 56 chanté à l’office du matin exprime bien ce que vivait notre Sœur Georgette, en ce jeudi 24 septembre 2015.
Oui, elle portait sa lampe allumée et attendait l’Époux depuis longtemps déjà. En cette Année de la vie consacrée, année de son 75e anniversaire de profession religieuse, au cours de la célébration de l’Eucharistie, le Bien-Aimé nous la ravit pour une communion sans voile dans la Béatitude éternelle. N’avait-elle pas dit, peu de jours avant son envol : « Mon Dieu, mon Dieu, viens me chercher! Et elle ajouta : je vous aime toutes, mais je m’en vais! Le 18 septembre, au moment de la communion, à celle qui lui demande : Avez-vous soif ? Elle répond : j’ai soif du Bon Dieu.
Mais, revenons à son enfance. La petite Georgette fait son apparition en ce monde le 30 juillet 1913 à Ste-Geneviève de Batiscan, et entre dans l’intimité Trinitaire par le saint baptême, dès le lendemain. On lui donne les noms de Marie, Lucie, Georgette. Les parents, M. Arthur St-Arnaud, et dame Marie-Anne Trudel ont fondé leur foyer sur la foi, l’amour, le dévouement au travail et la droiture. Chaque berceau est accueilli avec grande joie comme un présent du Ciel. Le papa a la bonne habitude de récompenser généreusement le sacristain afin qu’il sonne longtemps au retour du baptême de chacun de ses enfants. Georgette est la 7e des dix enfants, dont 3 se sont envolés pour le paradis en bas âge.
Georgette accueille son Jésus-Hostie pour la première fois, à Noël 1920. L’Esprit l’envahit de ses dons par le sacrement de confirmation qu’elle reçoit des mains de Mgr Xavier Cloutier, le 16 juin 1922. Vers l’âge de 11 ans, atteinte d’une inflammation de poumons, elle va frapper à la porte du paradis; mais Dieu veillait sur la petite Georgette qui dès l’âge de 8 ans Lui avait donné son cœur. Chaque matin, beau temps, mauvais temps, avec sa sœur Gracia, elle assiste à la messe de 6h30. Tous les premiers vendredis du mois et le Jeudi-Saint, elle passe des heures à genoux devant le St-Sacrement exposé à l’église, parlant tout simplement à Jésus. Est-ce dans ces moments d’intimité avec son Seigneur qu’elle lui avait donné son cœur?Elle fait ses études élémentaires à sa paroisse natale, et secondaires au couvent de Jésus-Marie à Lauzon. C’est là qu’elle est reçue enfant de Marie en 1928. Elle aime l’étude et est toujours première ou deuxième de sa classe.
Tous les sports d’été ou d’hiver sont à sa portée et elle s’y donne avec beaucoup d’ardeur. Et que dire des soirées où la maison se transforme en boîte musicale : chant, piano, etc. Georgette excelle en violon.
De 1934 à 1937, elle et ses sœurs prennent l’entretien de la maison afin d’aider la chère maman tout occupée aux affaires de la manufacture. Georgette a 24 ans.
Lors d’une visite à notre monastère de Cap-de-la-Madeleine, le 10 novembre 1937, elle rencontre la mère-servante. Informée de ce qui se vit au cloître, Georgette est conquise et décide sur-le-champ son entrée chez les Servantes de Jésus-Marie. Le soir même, elle l’annonce à sa mère. Elle mettra aussi au courant sa sœur Marielle, devenue Sœur du Bon-Pasteur d’Angers. Malgré les objections de l’une et de l’autre, elle ne fléchit pas. L’appel de Jésus est clair. Il faut faire vite, car l’entrée se fait le 21 novembre.
Le 24 mai 1938, elle revêt la livrée de Marie et reçoit le beau nom de sa mère : S. Marie-Anne-de-Jésus. En 1980, la liberté en étant donnée, elle reprendra son nom de baptême.
Nous avons peu de notes en ce qui concerne le temps de formation de S. Marie-Anne-de-Jésus. Le 26 février 1940 est le jour fixé pour demander la faveur de prononcer ses premiers vœux dans la Congrégation. En toute humilité, elle y ajoute : « N’ayant pas été très édifiante pour mes petites sœurs pendant le temps de mon noviciat, je me sens bien indigne de faire ma demande d’admission à la profession. Si vous jugez bon de prolonger mon noviciat de six mois, je serais des plus heureuses de me préparer plus dignement à devenir l’épouse de Jésus.» Le conseil général ne semble pas de cet avis puisqu’elle fait profession le 24 mai 1940. Elle sera cependant retardée d’un an lorsque viendra le moment de sceller son alliance définitive avec son Époux adoré, le 24 mai 1944.
Le service divin est son avant toutes choses. Elle est d’abord adoratrice de son Jésus-Hostie à qui elle a donné son cœur. Son service fraternel est aussi à l’honneur. Dotée de nombreux talents, S. Georgette fera le tour de presque tous les offices du monastère au cours de sa vie. Notons particulièrement, le service qu’elle rendit à une malade atteinte d’Alzheimer, pendant plusieurs années, avec une patience et une douceur d’ange. Elle est une femme de grand cœur.
S. Georgette, en toute disponibilité, accepte toutes les obédiences qui la transfèrent de monastères. Elle vivra 12 ans à la Maison-mère, 41 ans à Cap-de-la-Madeleine, 7 ans à Shawinigan et 16 ans à l’infirmerie de Gatineau où elle s’installe définitivement le 12 octobre 1999.
Lucide sur elle-même, S. Georgette écrit : «Toujours égale d’humeur, je m’efforce d’être attentive à chacune de mes sœurs que j’estime beaucoup. Mais, j’ai une écharde dans ma chair qui me fait souffrir depuis le début de ma vie religieuse. Je suis très sensible sous des apparences rudes et autoritaires. C’est ma croix! Elle n’est pas lourde comme celle que Jésus porta, mais elle provoque des changements de Nazareth pour le repos de mes compagnes. Je puise ma force dans toute Parole de Dieu et reste unie à Marie. »
L’Eucharistie était au cœur de sa vie depuis ses jeunes années. N’est-ce pas un vrai cadeau du Ciel, que le cierge de son oblation se soit éteint au cours de l’Eucharistie de ce 24 septembre, où elle passa de ce monde au Père? La liturgie des funérailles fut présidée par notre aumônier, Mgr Jean-Charles Dufour, ph, , le 6 octobre. L’inhumation suit immédiatement au cimetière Notre-Dame de Gatineau. Nous ne doutons pas que S. Georgette continuera de veiller sur nous et de nous être unie en Jésus-Marie.
« Puisse le Seigneur de la Vie accueillir notre sœur dans son Royaume de lumière et de paix ! »