Dans l’éternelle Présence

« Il est Vivant Celui qui m’appelle, m’attire et m’attend, et m’entraîne vers Sa Résurrection. » (Écrit de notre Soeur Annette-Marie)

Une fleur toute mariale vient d’être cueillie dans notre parterre eucharistique pour être présentée à Jésus, par notre si Bonne Mère. Nous la garderons longtemps dans notre souvenir. La bénédiction de notre Dieu est descendue maintes fois au foyer de M. Hormidas Charbonneau et de dame Marie-Anne Robillard. Ils sont de braves et fervents chrétiens de la paroisse St-Joseph de Rivière des Prairies, toujours accueillants au don de la vie, confié à eux par notre Père des cieux. Le 29 mars 1921 naît Annette, la sixième de leurs douze enfants. L’eau baptismale coule sur son front dès le lendemain; elle reçoit les noms de Marie-Alma-Annette. Le papa aurait désiré un garçon pour le seconder dans la charge familiale, mais devant cette charmante et pétillante fillette, pleine de vie, il est consolé.
La petite Annette reçoit son Jésus-Hostie pour la première fois, le 18 avril 1928 et le 19, elle est confirmée dans l’Esprit Saint par Mgr J. Hallé. Elle s’épanouit comme fleur au soleil dans un milieu où règnent l’amour et la fraternité. Sa mère est considérée comme une sainte par son entourage; on vient la consulter, on a confiance en cette personne de devoir, de piété éclairée et charitable.
Son père, habile et vaillant ouvrier, fin « ratoureur », ne manque pas d’humour. Ainsi, on est heureux au foyer Charbonneau !
À l’école, Annette fait les cinq premières années avec la même institutrice. Elle semble l’appréciée mais sa timidité lui est un sérieux handicap. Elle affirme que sa sixième année, à l’école Ste-Philomène de Rosemont, tenue par les Soeurs de la Congrégation Notre-Dame, est la plus heureuse. Mère Marie-Cécilius lui fait confiance ; elle est la première à discerner sa vocation. Son goût pour l’étude s’accentue. Mais, en septième année, elle fait une expérience malheureuse, se sent incomprise, et ne veut plus retourner en classe. Elle demeure à la maison et aide sa mère. Elle fait partie de l’Action catholique, assiste à la messe tous les matins et pense à la vie religieuse.
Sa bien-aimée maman, voulant lui offrir un cadeau, le libraire lui suggère une biographie : « Une âme religieuse et maternelle, Mme Célina Plourde », une dame veuve qui entra au monastère des Servantes de Jésus-Marie, en août 1923. Pour Annette, c’est toute une révélation. Toutefois, le discernement de sa vocation est long, accompagné de luttes intérieures. Le Seigneur place sur sa route les personnes qui l’aident dans son cheminement et l’orientent vers les Servantes de Jésus-Marie.
Elle entre au monastère à 26 ans, le 21 novembre 1947 et scelle son alliance définitive avec l’Époux divin, le 24 mai 1953. Elle dira plus tard : « En cet appel, le Seigneur a fait merveille en me conduisant comme par la main. »
Nous savons que bien d’autres OUI suivront. Au cours de ses 65 ans de vie religieuse, le Bien-Aimé la conduira en plusieurs de nos monastères. Obédiences qu’elle accueillera toujours avec foi et amour.
Durant son long parcours, nous percevons en elle une femme d’Évangile, une compagne dont le cheminement dans la foi et l’amour fait d’elle une religieuse sereine, oublieuse d’elle-même, fraternelle, compatissante avec un cœur de mère. La vraie charité est la trame d’or de sa vie sur laquelle s’inscrit chacune de ses journées. Aimant la vie de famille, elle se prête avec succès pour des saynètes afin de réjouir nos congés et nos récréations; sa mimique et son don d’imitation rendent joyeuses nos petites fêtes communautaires. Elle est dotée d’une belle capacité d’émerveillement, ainsi qu’un bon sens de l’humour. Douée d’une voix agréable et juste, elle se prête avec une grande disponibilité pour les nombreuses répétitions, soit pour apprendre l’alto ou le ténor. L’unification des classes de religieuses la comble de joie ; elle peut enfin participer à la Liturgie des Heures.
Cordon-bleu hors pair, elle donne ses preuves de don d’elle-même, acceptant l’office de cuisinière avec tous les renoncements que cela comporte: travail sept jours par semaine, durant 40 ans. Elle sait prendre pour elle, les restes ou aliments et fruits moins beaux, toujours soucieuse de répondre aux désirs et aux besoins de ses sœurs.
Avec grande perfection, elle tient a bien faire toutes choses. Serviable, elle arrive au bon moment pour rendre service dans la discrétion. Sœur d’écoute, compatissante pour les malades, elle sait encourager et réconforter.
Assoiffée de sainteté, elle est fidèle à son oblation pour les prêtres, selon l’esprit s.j.m., en vraie épouse de Jésus. Elle nourrit sa spiritualité de la vie liturgique, des écrits de notre Père Fondateur, (notamment du cahier 66, traitant de la contemplation), et de ceux de Dom Marmion.
Sa santé se détériorant, elle a des problèmes cardiaques et souffre d’ostéoporose accentuée. Pour éviter d’imposer trop de travail à l’infirmière du Nazareth Marie-Médiatrice, elle se prépare moralement à l’éventuelle perspective de venir s’installer à l’infirmerie communautaire. Elle en fait la demande et y arrive le 22 janvier 2002.
Marie fut la lumineuse étoile de toute sa vie, et particulièrement durant cette dernière étape. Le 11 février 2009, elle écrivait : « En regardant l’œuvre du Seigneur dans toute ma vie, je peux dire en toute sincérité que tout fut grâce par la médiation de ma Mère Immaculée. »
En ce beau samedi du 31 août 2013, à 12 h15, notre sœur Annette-Marie entend l’appel de l’Époux pour une étreinte éternelle.
Elle est âgée de 92 ans, dont 65 ans de vie religieuse. Depuis longtemps son cœur tenait la veille d’amour.
Mercredi , le 4 septembre à 13 h.30 a lieu la liturgie des funérailles.
Elle est présidée par M. l’Abbé André Picard, aumônier. Plusieurs membres de sa famille y sont présents. L’inhumation au Cimetière Notre-Dame suit immédiatement.
« Seigneur, reçois-la dans ta lumière, auprès de toi! »