Dans l’éternelle Présence

« Conduis-moi, Seigneur, aux sources de la Vie. » (L.H. jour du décès)

Au cours d’une fervente retraite en préparation à son Jubilé d’Or, Soeur Jacqueline écrivait cette note qui la caractérise bien :

« Le Seigneur veut nous donner la prière continuelle. Je veux me tenir tout simplement sous son regard, dans la conscience de Sa Présence, sous Son Regard d’amour, me mettant à sa disposition. »
Jacqueline Gamache est née en la paroisse sainte Catherine de Montréal le 24 février 1921 et devint enfant de Dieu le même jour. Son père, M. Léon Gamache, était boucher-épicier. Sa mère, Mme Cécile Allard est l’une de ces femmes vaillantes, toute livrée aux soins de sa chère famille. Jacqueline est la 3e de sept enfants. Elle vécut une enfance heureuse dans une famille aisée et profondément chrétienne. L’Esprit la comble par l’effusion de ses dons dans le sacrement de confirmation, le 19 avril 1928.

Dotée de nombreux talents, elle réussit bien en classe. À l’école primaire, elle reçoit le prix de bonne humeur. Elle fit ses études à l’Académie des Soeurs de la Congrégation Notre-Dame jusqu’à la 9e année ; elle poursuit un an à l’académie St-Patrick afin d’apprendre l’anglais, et un an à l’Institut familial des Soeurs du Bon-Conseil. Elle apprit aussi le piano durant 5 ans, mais ne pratiquait pas, car cela l’ennuyait de jouer des gammes alors que sa mère, organiste à la paroisse, jouait de beaux morceaux. Jacqueline a 14 ans lorsqu’un prêtre lui demande si elle avait pensé à la vie religieuse. La question fait du chemin dans son coeur. Comme elle n’aimait pas l’enseignement, celui-ci lui parla de notre Congrégation.
À 18 ans, elle commence ses démarches en vue de son entrée chez les Servantes de Jésus-Marie qui s’effectuera le 21 novembre 1940. Elle doit retourner dans sa famille le 1er février 1941 afin d’y subir une intervention chirurgicale, mais reviendra de nouveau, le 24 septembre 1941. Entrée en communauté, elle se contente de peu et ne manifeste aucune exigence. Sœur Jacqueline est très reconnaissante à sa première maîtresse de formation qui lui a fait découvrir les écrits de notre Père Fondateur où elle trouve, dit-elle, une vraie pharmacie spirituelle et corporelle.
D’une fidélité exemplaire, on ne tarde pas à la nommer assistante au noviciat où sa présence est réjouissante et épanouissante. On lui confie ensuite la formation des postulantes, en novembre 1955, fonction qu’elle remplira durant 4 ans. De celles qu’elle a accueillies, 27 ont persévéré dont 8 sont encore vivantes. Elles se souviennent encore de ses encouragements et de ses enseignements, particulièrement ceux concernant la vraie dévotion à Marie. Elles témoignent aussi de sa bienfaisante influence au début de leur vie religieuse.

Son dévouement à la roberie de la maison-mère est remarquable. Le personnel est nombreux et elle tient à ce que tout soit parfait. Les robes sont difficiles à entretenir, une faiblesse notable des yeux ne facilite pas la tâche.

Elle exerce ensuite le rôle d’assistante dans nos différents monastères. Le 16 janvier 1998, elle revient définitivement à la maison-mère où elle est attendue à l’infirmerie communautaire. Sous le regard de sa Bonne Maman du ciel, elle vit dans la sérénité son oblation en faveur du Sacerdoce, semant la joie auprès de ses consœurs malades par son bon sens de l’humour.

Le 18 décembre 2010, elle fait une chute et se fracture une épaule et le bras droit. Elle subit une chirurgie, le 20 décembre pour recevoir une prothèse complète de l’os et replacer son épaule. Elle est immobilisée pour 30 jours. Lui demande-t-on : comment ça va? Elle nous répond invariablement : ça va Trois étoiles! Le 13 janvier 2011, une fibrose pulmonaire nécessite le besoin d’oxygène en permanence, vu son âge.

Sœur Jacqueline demeure cette compagne agréable qui ne se plaint jamais, toujours reconnaissante, semant la joie par les petites histoires qu’elle aime tant nous raconter. Tout au long de sa vie, elle nous a édifiées par sa généreuse disponibilité, sa remarquable fidélité dans les petites choses et sa grande ferveur.

Âme servante et chantante, elle est partie tout discrètement pour se joindre aux chœurs célestes au cours de la nuit du 24 juillet 2012, à l’âge de 91 ans, dont 70 ans de vie religieuse.

Lors de son décès, notre grande amie Murielle Smith écrit:
« Il semble bien que le Magnificat soit au rendez-vous, pour bénir l’auteur de tout bien, de cette vie toute livrée à la louange eucharistique comme au service spirituel du sacerdoce. Pour les postulantes, elle était une sorte de modèle d’une vie encore cachée dans le mystère. Elle était une belle sœur tout heureuse et souriante, sans fard ni artifice, vivant tout simplement, dans l’amour et l’humour, l’histoire sacrée de sa vie avec le Bien-Aimé.  Qu’elle jubile pour toujours dans le Cœur du Bien-Aimé, mais aussi Action de grâce et louange pour célébrer cette mort bienheureuse qui lève le voile sur la beauté et la grandeur d’une vie toute livrée au projet du Père en son Fils bien-aimé, par l’Esprit et Marie. »

Chère Sœur Jacqueline, nous gardons de vous, le souvenir d’une religieuse toujours rayonnante de joie. À 91 ans, elle aurait encore mérité le prix de la bonne humeur.

Votre départ pour l’éternelle patrie s’est effectué si rapidement que vous n’avons guère eu le temps de vous dire au revoir ; c’est pourquoi il nous est difficile de nous habituer à votre absence.

La liturgie des funérailles est présidée par M. l’abbé André Picard, aumônier, vendredi, le 27 juillet, à 14 h. Son frère Gilles de 89 ans et quelques membres de sa famille sont présents. Un soleil radieux nous accompagne pour le parcours au cimetière, reflet de ce qu’a été notre sœur Jacqueline parmi nous.

« Au paradis de Dieu, vainqueur, elle recevra l’Héritage promis »