Inauguration de la crypte de
la maison mère, 8 octobre 1928

Mère Marie-Zita-de-Jésus funérailles, ensevelissement et exhumation à la crypte de la congrégation 1865 – 1903

Départ d’une mère : Le 29 mai 1903, vers 3h. de l’après-midi, quelques faibles tintements de cloche nous appelaient auprès de notre Mère. Les soeurs entouraient son lit et notre Père lui dit : “Voulez-vous bénir vos filles, au cas où vous n’auriez pas la force de le faire plus tard. ” Alors, notre Mère fixa sur nous un long regard et dans un suprême élan d’amour, fit sur ses filles prosternées un grand signe de croix, la dernière bénédiction qu’elle devait donner sur la terre.
Le lendemain, 30 mai, dernier samedi du mois de Marie, à 5h 30, au son de l’Angélus, notre bonne Maman du Ciel venait chercher la belle âme de notre bien-aimée Mère de la terre… Mère Marie-Zita-de-Jésus allait chanter l’ Ecce Ancilla Domini éternel.
Dans son cercueil de bois blanc, placé au pied d’un autel de la Sainte Vierge, elle est revêtue de la livrée des Servantes de Jésus-Marie, porte sur la tête une couronne d’épines et dans les mains un rosaire.
Mardi, 2 juin, en présence de sa maman, dans notre chapelle, le P. Valiquet, o.m.i. chante le Service funèbre, assisté de plusieurs prêtres, tandis que Monseigneur Duhamel donne l’absoute.

Mère Marie-Zita-de-Jésus vient donc, le 30 mai 1903, de s’installer définitivement en son éternité, après avoir fixé ses sœurs à Hull pour toujours. Elle entreprend ce dernier voyage au milieu des fleurs du printemps. Elle quitte son institut à l’heure des grandes promesses. Mais c’est afin de faire descendre du ciel, sur ce jardin embaumé qu’elle a créé, la rosée qui féconde et le soleil qui mûrit.
Ce n’est pas juste de dire qu’elle s’en va dormir son dernier sommeil à côté de ses cinq filles décédées. Au fait, les quatre premières, décédées au Couvent de Jeanne d’Arc, sont au Cimetière d’Aylmer, tandis que la cinquième et la Fondatrice sont au Cimetière de Hull.
Cependant, le 7 novembre 1905, c’est la translation de la dépouille mortelle de nos soeurs décédées à Jeanne d’Arc, pour rejoindre leur chère Mère au Cimetière de Hull. Ce sont nos soeurs : « Marie-des-Cinq Plaies, décédée le 22 décembre 1898, Marie-du-Saint-Sacrement, décédée le 2 octobre 1900, Marie-de-la-Sainte-Famille, décédée le 18 avril 1901, Marie-de-Saint-Jean, décédée le 20 juillet 1901. »

Le matin, une Messe est chantée pour le repos de leur âme, et le souvenir de leurs vertus est rappelé à la Communauté par notre Père Fondateur, l’Abbé Alexis-Louis Mangin.

« O Soeurs bien-aimées! Premiers grains de froment tombés dans le sillon de notre œuvre! O vierges cachées avec Marie dans la Face de Dieu! Il fut court votre pèlerinage, mais sainte votre vie et féconde votre mort pour attirer les bénédictions du Ciel sur la petite Congrégation. Petite victime de l’Amour divin, priez pour nous l’Époux que vous suivez maintenant près de notre Reine au Séjour du bonheur éternel ! »

Du cimetière à la crypte

Et le 8 octobre 1928, en présence du P. Louis-Philippe Jutras, o.m.i., les restes mortels de 28 Servantes de Jésus-Marie, dont ceux de la Fondatrice, sont exhumés du Cimetière de Hull et placés avec soin dans la crypte de la Maison Mère.
Enfin, on ouvre la dernière tombe, celle qui était au pied de la grande croix. C’est bien celle de notre chère Mère Fondatrice. N’est-ce pas touchant de la voir sortir la dernière. Toutes ses filles ont quitté le lieu de leur premier repos, elle peut donc alors le quitter à son tour.
Quand tout est fini, nos soeurs ont la joie d’entendre notre P. Aumônier leur dire que toutes les tombes seront immédiatement transportées dans la Crypte du monastère. C’est vers 4h que se fait cette entrée; un courant de joie surnaturelle s’empara de nos âmes, et comme nous avons hâte d’aller saluer les chères reliques. C’est une touchante cérémonie que celle de la translation des restes de notre Mère Fondatrice, présidée notre P. Aumônier. Tout se passe dans une respectueuse intimité, avec le cachet religieux qu’exige cet événement si important pour nos coeurs de Servantes de Jésus-Marie. Après son départ, nous nous mettons à genoux pour réciter un “De profundis”. Notre Mère Servante lit une ardente supplique à Celle qui du haut du ciel reçoit nos hommages. Le cercueil vénéré est alors porté dans son nouveau tombeau et nous entonnons un Magnificat.
Cette cérémonie fait de la fête de cette année, l’une des plus belles que nous ayons encore vécue. Puisse notre bien-aimée Mère faire pleuvoir maintenant sur sa famille de la terre, sinon les faveurs temporelles, celle que nous désirons plus que tout : l’esprit qu’elle possédait elle-même et qu’elle sut si bien inculquer en l’âme de nos anciennes qui sont pour nous, encore aujourd’hui des modèles d’édification.
Le 30 mai 1931, en ce vingt-huitième anniversaire de la mort de Mère Marie-Zita-de-Jésus, ses ossements sont déposés dans un tombeau plus convenable, construit à côté de l’ancien. En 1935, les travaux de la Crypte étant à peu près terminés, on place à la partie supérieure du tombeau une châsse, contenant l’urne avec le cœur de notre P. Fondateur, l’Abbé Alexis-Louis Mangin, décédé depuis le 26 février 1920. L’aspect de ce lieu est maintenant celui d’une chapelle. Au fond de la salle, un autel est surmonté d’une belle statue de Notre-Dame-de-Pitié où se trouvait le coeur de notre Père Fondateur .
Deux anges aux ailes déployées apparaissent en relief sur les casiers. Le tombeau est peint à l’imitation du marbre. C’est ainsi que les ossements de la bien-aimée fondatrice résident tout près du cœur de notre P. Fondateur. Dans la Crypte nous retrouvons huit anges du même modèle sur les cases de chaque côté de la salle : ils portent en main une palme. Les stations du Chemin de Croix de Masson complètent l’aménagement qui nous attire presque autant qu’une chapelle, tellement l’atmosphère qui s’en dégage a quelque chose de priant. Les restes mortels de nos chers Fondateurs et de nos Soeurs défuntes nous parlent au coeur.
Ce semble être là vraiment une « installation définitive ».
Et maintenant, dormez Mère bien-aimée, dormez en paix au milieu de vos filles qui vous suivent déjà sur les pas de l’Agneau; dormez en paix à l’ombre de cette maison qui demeure toujours la vôtre; dormez en paix, entourée de l’affection de vos enfants, si heureuses de vous posséder enfin; dormez en paix sous le regard des générations qui viendront ici se former sur vos exemples et apprendre à vos pieds que, jusque dans la mort, les Servantes de Jésus-Marie doivent être petites et bien cachées. Non, dans votre tombe, nous n’avons trouvé ni parfum, ni fleur, ni sourire; rien… rien… qui puisse nous révéler les prédilections spéciales dont Jésus et la Vierge Mère vous ont gratifiée. Certes, c’eut été un immense bonheur pour vos filles que de pouvoir contempler vos traits; mais leur bonheur est grand aussi en face de cet anéantissement presque total.
(Archives/Éphémérides 1903-1935)