Mgr Roch Pagé, P.H., est un ami de longue date de la Congrégation. Il se rend disponible pour la célébration de l’Eucharistie lors des congés de notre Père Aumônier. Nous étions heureuses de l’inviter à nous faire une visite au temps des Fêtes. II est donc avec nous pour la récréation de ce soir. Tout joyeux et plein d’enthousiasme, il nous arrive vers 18h.15, emportant avec lui ses plus précieuses icônes, afin de nous permettre de visualiser ce qu’il désire nous transmettre au cours de son exposé. Comme tout bon professeur, il est parfaitement documenté sur le sujet qui lui tient à coeur. La soirée s’annonce donc des plus captivantes. Mgr qui se révèle un érudit et un passionné pour l’iconographie, nous prévient que

« les icônes vont nous mener, car on ne peut pas dire non à une icône.»

Nous présentons ici des extraits de son entretien : Alors, me voici avec mes icônes. J’ai commencé très petitement ma collection, à une époque où les icônes n’étaient pas encore très populaires en Occident. La première, pour laquelle j’ai eu un coup de cœur, est le Christ Pantocrator, c’est-à-dire Souverain de l’Univers.

LES ICÔNES – CERTAINES CARACTÉRISTIQUES

Ce sont des icônes, non seulement authentiques, mais antiques, dont l’une a plus de 250 ans. C’est toujours difficile de donner une date précise à une œuvre comme celle-là. Icône est le terme grec pour dire image. Le terme « icône » a été conservé dans la tradition des Églises d’Orient. En Occident, nous essayons de rapprocher le plus possible de nous les saints et les saintes représentés sur nos images alors qu’en Orient, on essaie de les montrer le plus proche possible de là où ils sont. Ce qui est très différent.

Le peintre d’icônes qu’on appelle iconographe, n’a pas une liberté totale dans la réalisation d’une icône; il est un contemplatif (le plus souvent un moine) en plus d’être un artiste, qui traditionnellement ne signe pas son oeuvre puisque ce n’est pas lui qui en est l’auteur, mais Dieu, à qui il prête sa main et son talent. Ce n’est donc pas lui qui en est l’auteur. (Nous en voyons un exemple dans les saints thaumaturges qui ne s’attribuent jamais les miracles accomplis.) L’iconographe cherche par son œuvre à représenter le visible de l’invisible. La finalité d’une icône est la communion avec le personnage représenté.

Le peintre d’icône peint habituellement sur l’or. Pourquoi? C’est parce que l’or représente la lumière qui ne s’éteint pas; parce que l’or ne ternit pas, il représente la lumière éternelle.

On trouve beaucoup de bijoux en or solide dans les tombes des pharaons; parce qu’ils vénéraient le dieu Soleil et que l’or était réputé être une parcelle de soleil. Pour le contemplatif de l’icône (dans la spiritualité orientale), la lumière qui nous permet de contempler le personnage représenté vient du fond de l’icône, non de l’extérieur. Une personne qui regardait une icône s’exclamait un jour : « Mais, on dirait qu’elle s’en vient vers moi!» Ce qui frappe en contemplant une icône pour la première fois, ce sont les yeux qui sont anormalement grands et très dilatés. C’est normal parce que toute l’attention est centrée sur la vision béatifique du Père; et c’est tellement vrai que même si le Christ est le Verbe de Dieu, le Verbe se tait en présence de la vision du Père. On ne voit jamais une icône avec un personnage la bouche ouverte parce que lorsque l’on contemple, on se tait. Nous ne verrons jamais une icône du Christ qui n’a pas de chaque côté de sa tête IC et XC : abréviations du nom du Christ : IÈSUS CHRISTOS. Le cadre d’une icône apparient à l’icône elle-même. Si l’on regarde le nimbe qui entoure le visage du Christ, par exemple, il déborde le cadre; c’est volontaire. Il symbolise que les règles de la sainteté chrétienne ne peuvent pas être enfermées dans un cadre matériel.

ICÔNES D’ÉGLISE

Certaines icônes sont recouvertes d’un métal précieux. Des fidèles qui vénéraient une icône dans une église, quand ils demandaient une faveur à la personne représentée, ils faisaient la promesse d’ornementer l’icône s’ils étaient exaucés; c’est ce qu’on a appelé un ex-voto, c’est-à-dire à partir d’un vœu. Quelqu’un va promettre, par exemple, à la Vierge ou au Christ, de couvrir son icône en or ou argent s’il obtient telle ou telle faveur. Sur une île grecque, il y a une icône, dans une petite église, qui est rendue comme dans un coffre-fort. Il y a une grille et les gens continuent de jeter des bijoux, des ex-voto.

La belle Vierge de Kazan est très précieuse. Elle se reconnaît facilement par l’Enfant dont on ne voit que la main droite qui bénit. L’Enfant regarde en avant. Lorsqu’on recouvre une icône d’un métal (précieux ou pas), jamais on ne recouvre la chair parce que c’est l’Incarnation. C’est par la chair que nous avons été sauvés.

ICÔNES SUR ŒUFS DE BOIS

Chaque famille fervente, (même certaines personnes pieuses) a son icône devant laquelle elle peut prier. C’est pour cela qu’il en existe beaucoup de petites et de peintes sur des œufs de bois. Comment cela se fait-il que l’on peint des icônes sur des œufs? Ce n’est pas si étrange que cela. Nous connaissons la tradition des Ukrainiens à Pâques. Ils décorent des œufs avec des signes symétriques, géométriques très précis et très sophistiqués. Quand on célèbre Pâques en Orient, les Ukrainiens ne disent pas : « Joyeuses Pâques », mais « Le Christ est ressuscité, et ils répondent : Alléluia! Alléluia! » L’œuf, traditionnellement, symbolise la vie qui n’a pas de fin. Ce n’est pas contre la tradition d’avoir une icône peinte sur un œuf. L’œuf doit normalement être en bois, en lien avec la nature et avec le bois de la croix. Une icône pour les Orientaux, c’est comme une verrière pour les Occidentaux, un catéchisme ouvert. On lit l’Histoire sainte en contemplant les icônes en Orient, comme autrefois on lisait l’Histoire sainte sur les verrières. Sur les icônes, la longueur du corps par rapport à la tête, ça n’a pas d’importance… Les personnages sont présentés de façon hiératique; une partie d’eux-mêmes est déjà en train de monter au ciel. Le peintre d’icônes a son but. Il a prié, contemplé, donné un sens aux symboles. Mais, il atteint doublement son but si, à force de contemplation, nous trouvons d’autres symboles qu’il n’avait pas prévus.

Quelle belle soirée nous avons passée en compagnie des icônes! Mgr nous a fait goûter ce qu’il a longuement contemplé et prié. Le cachet spirituel de cet entretien nous a invitées, à notre tour, à apprécier ces œuvres d’art « sacré », à contempler le « visible de l’invisible».